Quand l’industrie préempte le progrès
Omniprésents dans la recherche, les géants du numérique exercent une mainmise sur le secteur de l’intelligence artificielle et confisquent toute possibilité de débat démocratique.
dans l’hebdo N° 1524 Acheter ce numéro

Dans une gare, disait Emmanuel Macron en inauguration de la Station F, « on croise des gens qui ont réussi et des gens qui ne sont rien ». Dans cette ancienne friche ferroviaire ripolinée en centre névralgique de la « tech » française, au cœur de Paris, on croise aussi quelques mastodontes de l’industrie du numérique. Microsoft, Facebook, Amazon, Google… Des noms qui planent sur le campus de 34 000 m², et ses 1 034 start-up dédiées notamment à l’intelligence artificielle (IA).
Un an et demi après son lancement, la pépinière imaginée et (en grande partie) financée par Xavier Niel est un indéniable succès d’estime. Tout le monde veut en être. 11 271 candidatures en un an, dont 9 % sélectionnées, rapporte Challenges dans une récente enquête (1). Les investisseurs ont suivi avec gourmandise (2), et le culte de cet antre de la disruption attire des touristes du monde entier. Les visites guidées organisées deux fois par semaine affichent complet.
L’envers du décor commence pourtant à poindre : un environnement socialement dur – 35 % des résidents ne s’octroient aucun salaire et 15 % se paient moins que le Smic, alors que la moitié d’entre eux passe plus de dix heures par jour sur place (source Station F) – où les rares exemples de réussite vont irrémédiablement de pair avec les grands noms de l’industrie du numérique. Les huit start-up qui ont touché le Graal, se faire racheter par plus gros qu’elles, étaient en effet incubées dans les programmes des grands groupes hébergés à la Station F, note Challenges.
Voilà