Retraites : six vérités très bonnes à dire

La réforme des retraites est fondée sur des partis pris discutables et une orientation politique qui ne dit pas son nom.

Des comptes dans le rouge, un équilibre démographique instable, une pression fiscale insupportable… Le gouvernement avance sa réforme des retraites avec un bouquet de fausses évidences sur les lacunes du système actuel. Pourtant, beaucoup de ces présupposés sont contestables et masquent une volonté de réduire le poids financier du système de retraite par répartition.

1/ Ce sont les politiques libérales qui ont mis les retraites dans le rouge

C’est entendu, le régime des retraites accusera en 2025 un déficit compris entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros. Une somme qu’il faudra trouver en travaillant plus longtemps, selon des modalités que la conférence de financement devra définir avant l’été.

Pourtant, cette ardoise mérite bien des commentaires. Elle résulte en grande partie de la diminution du nombre de fonctionnaires et du gel de leur salaire depuis dix ans, qui induisent mécaniquement une perte de cotisations. De la même manière, les lois sociales des dernières années, toutes tendues vers la recherche d’une « modération salariale », ont pénalisé les comptes de la Sécurité sociale. Selon les calculs de la Cour des comptes, le ralentissement des salaires en 2019 fait perdre 1 milliard d’euros de recettes au système dans son ensemble (1).

Les gouvernements successifs ont aussi été généreux en allégements de cotisations sociales patronales. La Cour des comptes comptabilisait en octobre un cadeau de 66 milliards d’euros en 2018, en augmentation de 100 % depuis 2013. Cette manne manque aux régimes obligatoires de base de sécurité sociale et du fonds de solidarité vieillesse (FSV), mais elle a été compensée financièrement par l’État, comme la loi l’impose depuis 1994. Or ce principe a volé en éclats fin 2018. Le gouvernement d’Édouard Philippe s’est octroyé une dérogation. 1,6 milliard d’euros n’ont pas été compensés en 2019 et il manquera 3 milliards d’euros aux comptes sociaux en 2020. De quoi préparer les dettes futures dans les budgets sociaux, qui justifieront les contre-réformes libérales.

La réforme présentée à l’Assemblée comporte de nombreuses interrogations sur le volet recettes. Le plafonnement des cotisations des hauts revenus fera perdre 3,7 milliards d’euros de recettes au régime pendant la transition et un énorme doute subsiste sur les cotisations de la fonction publique. En alignant le taux de cotisation patronale très élevé du public (74 % pour l’État, 30 % pour l’hôpital et les collectivités) sur le taux du privé, la perte de recette du régime de retraite sera de 45,9 milliards d’euros par an, selon l’étude d’impact. Le gouvernement prévoit, à en croire le projet de loi, de « maintenir en 2025 au même niveau la contribution globale de l’État au système de retraite ». Rien n’est indiqué sur la forme que prendra cette compensation et sur ce qui adviendra après 2025.

Tout compte fait, l’étude d’impact table bel et bien sur une diminution du poids du régime de retraites dans notre économie, alors que le gouvernement se cantonnait jusqu’à présent à l’idée d’un plafonnement à hauteur de 14 % du PIB. Le texte estime que la réforme fera maigrir le régime à 12,9 % d’ici à 2050.

2 /Remettre le système d’aplomb ne coûterait pas si cher

C’est le Conseil d’orientation des retraites qui l’écrit : il faudrait augmenter les cotisations de 1 point sur cinq ans, soit 0,2 point par an, pour résorber le déficit qui apparaîtrait en 2025. Le gouvernement refuse pourtant catégoriquement d’actionner ce levier.

D’autres solutions existent.

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