Le bras de fer des médecins pour sauver l’hôpital
À la veille de la manifestation du milieu hospitalier ce 14 février, les démissions administratives des chefs de service s’accumulent. Du jamais vu, symptomatique du naufrage en cours. Reportage.
dans l’hebdo N° 1590 Acheter ce numéro

Le petit biberon est à peine entamé, mais ce n’est déjà pas si mal pour cette petite fille née prématurée, arrivée il y a une semaine dans le service de réanimation pédiatrique du Kremlin-Bicêtre. Le reste de ses besoins nutritionnels lui est administré dans une narine, via une sonde qui descend jusqu’à son estomac. « Elle a six semaines d’avance, explique Karine, l’infirmière_. Avant 34 semaines, l’enfant ne sait pas téter, ingurgiter et respirer en même temps. C’est pour ça qu’à chaque fois qu’on peut on lui propose un biberon, pour la stimuler. »_ L’occasion de sortir de son lit ce petit bout de chou à peine plus grande qu’une main d’adulte, de la toucher, la manipuler, lui parler… un soin à part entière qui permet à l’enfant de se développer, et qui n’est pas comptabilisé dans la tarification à l’acte imposée par la gouvernance hospitalière, et censé définir le budget d’un service en fonction du nombre d’actes médicaux prodigués. « Si on ne comble pas le vide humain laissé quand les parents ne sont pas présents, l’enfant peut développer diverses pathologies, comme l’autisme par exemple », explique le Dr Mostafa Mokhtari, trente ans de métier. Depuis quelques jours, ce pédiatre est l’un des 58 chef·fes de service de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre qui ont démissionné de leurs fonctions administratives pour protester contre la casse de l’hôpital public, les restrictions budgétaires et le manque chronique de personnel soignant.
Il a rejoint le millier d’autres à avoir fait de même, refusant notamment d’appliquer le fameux codage : la transformation du nombre d’actes médicaux