Ces préavis de grève qui font polémique

Deux fédérations de la CGT maintiennent leur préavis de grève pour tout le mois d’avril. Objectif : mettre la pression sur les employeurs et permettre aux salariés des secteurs non essentiels d’arrêter le travail pour leur sécurité. Une décision à double tranchant, à l’heure de l’unité nationale.

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O n ne sera pas, en permanence, les sacrifiés ! » lance Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT. Le syndicat est vent debout derrière ses deux fédérations, la fonction publique – 85 000 salariés adhérents –, et la santé-action sociale – 80 000 salariés –, qui ont prolongé leur préavis de grève pour le mois d’avril. Et ce, qu'importent les polémiques.

Préavis de couverture

Depuis le 5 décembre et la lutte contre la réforme des retraites, la fédération de la fonction publique dépose systématiquement un tel préavis car, pour les fonctionnaires, il doit précéder de 5 jours francs la grève. Mais ce mardi 24 mars, les raisons du renouvellement diffèrent : « Il s’agit d’un préavis de couverture : on n’appelle pas les gens à faire grève, mais on veut laisser la possibilité aux salariés d'un secteur non essentiel qui travaillent sans protection de se retirer pour se protéger, explique Natacha Pommet, secrétaire générale de la fédé Fonction publique. Certains doivent tondre la pelouse d’un stade… quelle est l’urgence à l’heure du confinement ? »

« Trop d’employeurs prennent à la légère cette pandémie », constate Céline Verzeletti. Soutenus par les communications d’État, beaucoup d’entre eux contestent les droits de retrait des salariés en imposant des retenues sur salaire et des sanctions. Certains vont même jusqu’à

[Alors que nous sommes entrés dans une économie de guerre où la solidarité nationale joue à plein et que les soignants se démènent pour sauver nos malades, ce préavis de grève est inconcevable et irresponsable.

La CGT doit revoir sa position.](blockquote class=){: }https://t.co/JLcoNeJNKj

— Stanislas Guerini (@StanGuerini" >faire signer des décharges illégales aux salariés March 26, 2020 )pour éviter de futurs contentieux autour de leur obligation d'assurer la sécurité…

Face à ces dérives, la CGT propose aux salariés d’exercer leur droit de grève en lieu et place du droit de retrait. « On doit permettre aux salariés des secteurs non essentiels de débrayer pour sauver leur santé. Ils ont le droit de refuser d’être exposés à la maladie », insiste la secrétaire confédérale de la CGT. Ces préavis font office de pierre à plusieurs coups. Ils mettent la pression sur les employeurs, mais ils poussent aussi à ce que les secteurs non essentiels s’arrêtent alors que le gouvernement se refuse toujours à les classifier. « On réclame une circulaire pour imposer aux employeurs de stopper leurs activités non essentielles pour protéger les salariés », s’insurge Céline Verzeletti.

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« C’est du bon sens aussi pour ne pas disperser le matériel de protection dont on manque cruellement à l’hôpital ! » renchérit Mireille Stivala, secrétaire générale de la fédération santé-action sociale de la CGT. Dans son secteur, le préavis court depuis un an et le début du mouvement des urgences. Au CHS de Caen, la grève est d’ailleurs toujours en cours pour dénoncer les conditions de travail et le manque chronique de matériel. Pour autant, les praticiens sont présents. « Non seulement le personnel soignant est réquisitionné, mais ça fait un an qu’on est en grève et que ça passe inaperçu parce qu’évidemment les soignants ne s’arrêtent pas de travailler. Ce n’est pas un débat chez nous et le gouvernement le sait très bien. Faire courir les préavis est une pratique qu’on utilise depuis plus de quinze ans : l’utilisation politique qui en est faite pour polémiquer aujourd’hui est scandaleuse ! »

Traîtres à l’unité nationale

En effet, Olivier Dussopt, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics, est le premier à avoir rendu public le préavis « jugé inopportun » de la CGT Fonction publique, en omettant d’évoquer celui du secteur de la santé. « M. Dussopt a peut-être un peu peur, en ce moment, d’affronter les soignants… » note Natacha Pommet.

Mais l’écho et les raccourcis sont repris ici et là. BFM Business parle même d’un « appel à la grève». Agnès Verdier-Molinié, la directrice de la très libérale Fondation Ifrap, réitère dans Le Figaro : « On ne gagne pas une guerre avec des comportements aussi irresponsables », conclut-elle. La polémique pousse presque à un procès pour traîtrise à l’unité nationale. Stanislas Guerini, délégué général de LREM et député de Paris, évoque lui aussi, dans un tweet, « l'économie de guerre » et la nécessaire « solidarité nationale » :

« Les syndicats ne sont plus entendus dans ce contexte d’unité nationale dans lequel on refuse de parler des choses qui fâchent. Pour nous, il est primordial de mettre au cœur du débat la protection des salariés qu’on envoie au casse-pipe », explique Natacha Pommet. « On sait que ça peut être mal pris par l’opinion publique, et au gouvernement, ils ne se gênent pas pour surfer là-dessus, constate Céline Verzeletti. Mais c’est notre rôle de protéger les agents et de leur donner des outils pour leur sécurité. Les comptes se règleront plus tard. »


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