Des « relais de croissance », les investissements verts ?

Les baisses de consommation ne doivent pas être annulées par l’effet rebond propre au capitalisme.

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Les grands plans d’investissements verts pour lutter contre le réchauffement climatique représentent des sommes de 40 à 100 milliards d’euros par an pour la France. Dans la pensée économique, un investissement est une dépense qui vise à maintenir ou à accroître le stock de capital en vue du maintien ou d’une amélioration de la productivité, ou d’une extension des infrastructures. Mais les investissements verts ne sont pas toujours des investissements au sens économique. Ainsi, les dépenses de démantèlement d’une centrale thermique n’en sont pas puisqu’il s’agit de détruire du capital. Ce qui va dans le sens inverse de la logique même du capitalisme, qui vise globalement à son accumulation.

Ces investissements verts peuvent-ils être « un relais de croissance », comme le sont en général les investissements classiques, qui améliorent la productivité ou la croissance ? L’analyse (1) plus précise de leur contenu permet de distinguer deux catégories. La première concerne les dépenses visant la décroissanced’une part de la consommation finale, jugée inutile. C’est le cas de l’isolation des bâtiments, des dépenses permettant d’éviter les gaspillages alimentaires ou de celles favorisant le rapprochement domicile-travail. Une fois effectuées, elles conduisent à baisser la consommation finale (énergétique, alimentaire et de transports) et donc la production. Elles ne sont donc pas des investissements au sens strict, mais des dépenses de transition.

La deuxième catégorie est constituée par des investissements de substitution technologique vers des procédés ayant une efficacité énergétique plus grande et une intensité carbone plus faible. C’est le cas des dépenses de remplacement des véhicules à essence par des véhicules électriques, d’optimisation numérique de la consommation énergétique dans l’industrie ou encore d’installation de parcs éoliens ou solaires. Mais une partie de ces technologies ne sont pas encore éprouvées, et leurs effets finaux sur l’énergie et le carbone sont incertains, comme les technologies d’optimisation numérique dans l’industrie. La voiture électrique ne semble pas avoir un meilleur bilan que celle à essence, car les batteries sont très coûteuses en énergie et en matériaux rares lors de leur production et de leur recyclage. Les doutes sont grands quand ces investissements de substitution sont plus complexes et moins recyclables. Et les technologies déjà éprouvées que sont le solaire et l’éolien présentent des rendements énergétiques plus faibles que les énergies fossiles. Dans tous les cas, il faudra en parallèle démanteler les anciennes technologies carbonées. Enfin, il faut que ces substitutions et ces baisses de consommation ne soient pas annulées par l’effet rebond propre au capitalisme.

Les investissements verts vont très probablement diminuer le stock de capital total, la production et la consommation totale. Dans le cas contraire, il est très probable qu’ils ne soient pas verts.

(1) À partir des « Scénarios énergie-climat 2035-2050 » de l’Ademe.


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