« Conduire son émancipation culturelle »
Et si nous profitions de cette période où les lieux de diffusion sont fermés et les festivals annulés pour modifier le spectateur ou la spectatrice que nous sommes ? suggère le philosophe Christian Ruby.
dans l’hebdo N° 1603 Acheter ce numéro

Les effets des mesures sanitaires prises contre le Covid-19 touchent gravement les milieux des arts et de la culture, la plupart des mesures annoncées par Emmanuel Macron le 6 mai restant trop vagues pour rassurer. Mais comment le public, sevré de spectacles et d’œuvres nouvelles, peut-il vivre cette période de confinement culturel prolongé ? Les réponses de Christian Ruby, philosophe, auteur de plusieurs livres sur la question du spectateur (1).
Il n’y aura pas de festival, pas de grands rendez-vous artistiques cet été. Qu’en est-il du public, littéralement désœuvré ?
Christian Ruby : Votre question renvoie implicitement aux travaux du philosophe Jean-Luc Nancy. Dans sa réflexion sur l’être en commun et la place de l’art dans la cité, il conçoit ce dernier comme « œuvrement » au profit du commun, par « passage » ou « tissage » entre les individus. Toute déliaison de l’art et des individus pousse la cité au désœuvrement (repli sur soi).
Cela dit, votre formule présuppose deux choses : que le confinement culturel, maintenu, fait sombrer le public d’un œuvrement antérieur à un désœuvrement ; et que la culture ou les arts sont affaires d’œuvres. Mais il n’est pas certain que nous ayons toujours été