Cancer Colère, un collectif pour rendre visibles les malades

Depuis la séquence sur la loi Duplomb, ce collectif prend de l’ampleur sur tout le territoire afin de « politiser cette maladie ». Une dynamique qui permet aussi aux malades et aux aidants de sortir de la solitude, et de faire entendre leur voix.

Vanina Delmas  • 4 février 2026 abonné·es
Cancer Colère, un collectif pour rendre visibles les malades
Fleur Breteau, membre du collectif Cancer Colere , réagit aux côtés de Mathilde Caillard, connue sous le nom de « MC danse pour le climat », depuis la tribune publique après l'adoption de la « loi Duplomb » sur l'agriculture, à l'Assemblée nationale à Paris, le 8 juillet 2025.
© Guillaume BAPTISTE / AFP

Le 8 juillet 2025, une voix s’est élevée du balcon de l’hémicycle, sans micro, mais pleine de rage : « Vous êtes les alliés du cancer et nous le ferons savoir ! » Celle qui l’a crié, sans trop réfléchir, c’est Fleur Breteau. À 50 ans, elle se bat contre un deuxième cancer du sein. Avec son crâne chauve découvert, personne ne peut le nier. « J’avais la tête du cancer, j’étais la seule à pouvoir les confronter », résume-t-elle. Ce jour-là, les députés viennent de voter la loi Duplomb par 316 voix pour, 223 contre et 25 abstentions, malgré une opposition citoyenne franche.

Ce texte réautorise notamment l’acétamipride, un pesticide tueur d’abeille, suspecté d’être toxique pour le développement du cerveau. Six mois plus tôt, les sénateurs adoptaient cette loi controversée, tandis que Fleur Breteau était en séance de chimiothérapie. Un électrochoc. Alors elle dessine à la va-vite des grandes lettres qui forment le nom CANCER COLÈRE et un personnage chauve qui lève le poing. D’une lutte individuelle contre un crabe dévastateur, est né un collectif de malades, ex-malades, aidants qui partagent le même but : « Politiser le cancer et rendre visible l’épidémie. »

« Violences chimiques silencieuses » 

Pour Inès, « l’image puissante » de Fleur Breteau lui a tout de suite parlé. À 34 ans, elle lutte depuis trois ans contre un cancer du sein qui l’a d’abord plongée dans une dépression et de profondes interrogations sur la nature de ces « violences chimiques silencieuses ». « Je devais comprendre pourquoi ça m’arrivait alors je lisais tout ce que je trouvais sur le cancer, sur les impacts des pollutions, des pesticides, des perturbateurs endocriniens. J’ai revu tout mon mode de vie de manière assez obsessionnelle, jusqu’à changer mes vêtements, mes rideaux, mon matelas… », raconte-t-elle.

Travaillant dans le milieu du textile, elle avait déjà engagé une transition vers la mode responsable, mais là, elle prend conscience des liens entre environnement et santé en découvrant l’explosion des cas de cancers chez les jeunes. Elle a participé à des distributions de tracts devant l’Assemblée nationale, et devant l'Institut Curie à Paris, en octobre dernier

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