Le vélo peut-il s’imposer comme moyen de transport urbain ?

Aujourd’hui dans #DéconfinonsLesIdées, nous interrogeons les déplacements en ville. À l’heure du déconfinement, transports en commun restreints et embouteillages garantis, certain·es voient dans la bicyclette une solution miracle. Tour d’horizon de ses atouts : il y a de quoi y croire.

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Le déconfinement, qui débute le 11 mai, inaugure-t-il l’ère du vélo dans les déplacements du quotidien ? L’euphorie qui règne dans le petit monde du cycle laisse penser que l’heure est arrivée… d’y croire. « Depuis deux semaines, nous avons l’impression de vivre une révolution ! s’enthousiasme Élodie Barnier-Trauchessec, au service transport et mobilité de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Le vélo apparaît un peu comme une solution miracle pour les déplacements urbains en mode déconfinement. » Et de décrire le faisceau de contraintes qui va encadrer les déplacements à partir du 11 mai : il y aura la hantise de la promiscuité (même avec masque obligatoire) dans les transports en commun ; qui par ailleurs seront très restreints ; ce qui devrait inciter les gens à se rabattre sur la voiture et donc générer des embouteillages, etc. (voir ci-dessous). On peut s’attendre à une cohue, redoute Stéphane Beaudet, vice-président (divers droite) chargé des transports à la région Île-de-France.

Le vélo, plus performant que la voiture !

Alors, le vélo ! « Accessible à la grande majorité, très peu cher au kilomètre parcouru, et cinq fois moins exigeant en place sur la voirie que la voiture par personne transportée, et souvent plus rapide sur de courtes distances », poursuit Élodie Barnier-Trauchessec. Une étude montre que la bicyclette se montre pertinente pour 65% des trajets en ville (qui totalisent moins de 5 km), 55% en périphérie et même 50% en milieu rural.

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6 mai 2020, préparation d’une piste cyclable temporaire avenue Gabriel-Péri à Montreuil (93). Photo : Patrick Piro

Quand l’urbanisme tactique fonctionne

Il y a trois semaines, Pierre Serne, président du Club des villes et territoires cyclables (et conseiller régional Génération·s d’Île-de-France) convainc la ministre de l’Écologie, Élisabeth Borne, de l’opportunité de faciliter des aménagements temporaires de la voirie afin d’augmenter le nombre de parcours cyclables. « La présence de pistes sécurisées est un facteur déterminant dans la décision de prendre son vélo », appuie Patrick Guinard, coadministrateur de l’Union sport et cycle, qui réunit les entreprises de la filière. Un groupe de travail se met très rapidement en place autour de Thierry du Crest, coordinateur interministériel vélo, avec des acteurs de la mobilité douce (1). «Un travail formidable a été accompli en un laps de temps très court», salue Patrick Guinard.

Jeudi 30 avril, la ministre lance un plan de 20 millions d’euros pour une opération pro-vélo éclair. « Du jour au lendemain, nous avons vu affluer les propositions et demandes d’aide des collectivités », se félicite Pierre Serne, chargé de coordonner ce volet. Comme dans plusieurs villes à travers le monde, Montpellier, puis Toulouse, Nantes ou encore Bordeaux, Grenoble, Lyon, Nice, Paris, Rennes, etc., annoncent la mise en place de dizaines de kilomètres de pistes cyclables provisoires supplémentaires. L’investissement et les équipements sont limités : il s’agit de délimiter une partie de la voirie pour les vélos, à l’aide d’un marquage au sol ou de potelets souples.

Si ça ne fonctionne pas – sous-utilisation des voies, engorgement de la circulation –, il est tout aussi rapide de supprimer les équipements ou de les déplacer vers d’autres voies. « C’est l’un des points forts de la méthode, dite “d’urbanisme tactique”, souligne Élodie Barnier-Trauchessec. Elle permet l’expérimentation et l’adaptation à très faible coût et moindre encombrement, facilitant l’acceptation sociale. » Bogotá, capitale de la Colombie, en a été l’instigatrice, capable de créer près de 120 kilomètres de ces pistes temporaires en quelques jours, et d’en modifier près de la moitié en une nuit.

Une palette d’aides pour bâtir un « système vélo »

Les Bâtiments de France et les préfectures sont invités à déroger à leurs procédures d’autorisation en raison de l’urgence. Les pouvoirs publics ont édité un « guide express » des aménagements cyclables provisoires. Mais il ne suffit pas d’offrir des pistes, encore faut-il encourager la pratique. Les magasins se sont assurés de leurs stocks de vélos, les ateliers de réparation sont mis dans le coup : il existerait près de 10 millions de vélos assoupis dans les caves. Sur le budget ministériel se greffe une opération « coup de pouce vélo » offrant aux propriétaires une remise de 50 euros par réparation, mais aussi des séances de remise en selle ou une aide au stationnement temporaire. « C’est un véritable “système vélo” qu’il s’agit de mettre en place, précise Olivier Schneider, président de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), qui regroupe 365 associations en France, notamment dans la perspective de rendre cet engouement durable. »

Car aucun des acteurs n’envisage éphémère cet « alignement des planètes » favorable au vélo. « Paris ne se laissera pas envahir par les véhicules et la pollution après le 11 mai », avertit la maire (en campagne) Anne Hidalgo. Réduction de la pollution atmosphérique, distanciation physique, gain « santé » par l’activité physique, diminution du budget transport des familles, etc. « Le vélo, notre geste-barrière ! lance Olivier Schneider. Le déconfinement, qui sera progressif et long, va contribuer à ancrer tous ses avantages », pronostique-t-il.

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6 mai 2020, préparation d'une piste cyclable temporaire avenue Gabriel-Péri à Montreuil (93). Photo : Patrick Piro

Le consensus politique est en marche

Le contexte politique est devenu beaucoup plus favorable, relève Élodie Barnier-Trauchessec. « Les promesses pro-bicylette ont été en vedette durant la campagne des municipales, et plusieurs villes tirent parti du contexte actuel pour accélérer leur réalisation. » C’est le cas à Montreuil (93), qui se lançait mardi 5 mai dans l’installation de 8 km de pistes temporaires, première ville d’Île-de-France à franchir le pas. « Elles étaient prévues pour début 2021, dans le cadre du projet “RER vélo” de la Région auquel nous adhérons », indique Patrice Bessac, maire. Pierre Serne se réjouit de voir des municipalités franchir soudain le pas et installer des pistes cyclables, après avoir superbement ignoré le vélo jusque-là. Patrick Guinard en est convaincu, « la bicyclette est un transport du futur, d’autant plus qu’elle a bien évolué ». Le vélo-cargo pourrait s’imposer pour des livraisons « dernier kilomètre » en ville, les trajets domicile-travail jusqu’à 10 km et plus sont la cible du vélo à assistance électrique, pour lequel des collectivités et entreprises offrent jusqu’à 500 euros d’aide à l’acquisition (2). « La transition vélo est devenue irréversible », ose Olivier Schneider.

(1) Club des villes et territoires cyclables, Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB),

Union sport et cycles, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe)

(2) prix moyen : 1 700 euros. Et 340 euros pour un vélo « musculaire »

Lundi 11 mai, journée noire dans les transports ?
Déconfinement progressif oblige, l’offre de transports en commun sera limitée, le 11 mai. En Île-de-France, la RATP prévoit qu’en moyenne 25% des bus, métros et RER ne circuleront pas. Et surtout leur capacité sera réduite, pour préserver une distance d’un mètre entre chaque passager·e, qui devra obligatoirement porter un masque. Dans le but d’éviter la promiscuité, des stations devraient être fermées et des filtrages sont envisagés pour les plus importantes. Au total, de l’ordre de 15% des déplacements habituels pourraient être assurés le 11 mai… La SNCF vise pour sa part 50% de trains « du quotidien » le 11 mai, avec distanciation physique et masques, et peu de TGV. Il faut donc redouter un déportement massif des usager·es vers la voiture, déjà 70% à l’utiliser avant le confinement, en moyenne française, pour aller au travail.

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