Convention pour le climat : la logique des petits pas

C’est la logique même du profit comme objectif suprême qui n’est pas contestée.

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La Convention citoyenne pour le climat a rendu ses propositions. Le concert d’éloges qui les a accueillies n’est pas de bon augure. Le Medef lui-même s’est dit « agréablement surpris par le sérieux du travail mené », regrettant seulement quelques « mesures extrêmes » comme l’interdiction des vols intérieurs ou la taxe de 4 % sur les dividendes. Bien sûr, l’inscription de l’obligation de préserver l’environnement dans la Constitution ou la reconnaissance du crime d’écocide seraient des avancées juridiques substantielles qui donneraient de nouvelles armes aux associations. L’interdiction de nouveaux aéroports serait bienvenue, tout comme l’arrêt de la construction de nouvelles zones commerciales ou la restriction de la publicité dans l’espace public. Si ces mesures entrent un jour en vigueur, la convention n’aura pas été inutile.

Mais, alors que le changement climatique et la perte de biodiversité s’accélèrent de façon terrifiante, on ne sort pas de la logique des petits pas. Beaucoup de propositions sont de portée très limitée (« score carbone sur tous les produits de consommation »), voire vides de tout contenu. C’est notamment le cas pour la thématique « produire et travailler », évidemment décisive.

On a souligné l’abandon par les citoyens tirés au sort de la réduction du temps de travail à 28 heures sans réduction de salaire, jugée trop radicale. Cette mesure, la seule d’envergure macroéconomique et la seule réellement conflictuelle, aurait eu de réels effets transformateurs, d’une tout autre ampleur que d’autres propositions bien vagues ou anodines (« accompagner l’évolution du numérique pour réduire ses impacts environnementaux », « améliorer la gouvernance territoriale/régionale »…).

Mais, dans les propositions pour « produire et travailler », c’est la logique même du profit comme objectif suprême qui n’est pas sérieusement contestée : comment opérer la révolution écologique nécessaire sans changer profondément les critères et les modes de décision des investissements privés et publics ? Sans démocratiser profondément, donc, la gouvernance des grands groupes industriels et financiers ? Au lieu de quoi on nous propose d’améliorer le reporting écologique et de « conditionner les aides publiques à l’évolution positive du bilan gaz à effet de serre », sans objectifs chiffrés.

Comment espérer réduire d’au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 – mission officielle de la Convention citoyenne – par la juxtaposition de mesures dont l’impact n’est presque jamais chiffré et encore moins cumulé ? Pourquoi la question des inégalités est-elle absente et la transition énergétique à peine évoquée (le scénario négaWatt n’est même pas cité) ? Les conventions citoyennes peuvent être un outil précieux au service de la démocratie, mais il ne faut pas leur faire perdre leur temps à se disperser sur des micro-mesures. Elles doivent s’emparer de thèmes plus précisément délimités, plus ambitieux et potentiellement conflictuels : faut-il une taxe kilométrique ? un revenu maximum ? un contrôle social sur les investissements ? Si les partisans sincères de la démocratie délibérative retiennent cette leçon, alors la Convention citoyenne pour le climat n’aura vraiment pas été inutile.

Thomas Coutrot Économiste, membre d’Attac.


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