Cédric Herrou : « Je n’ai rien fait d’extraordinaire, je suis juste une tête brûlée »

Figure de l’accueil des migrants, Cédric Herrou raconte dans un livre ce qui l’a amené à assumer ce rôle. Il réfute la qualité de « héros » et s’affirme avant tout pragmatique.

Cédric Herrou aime écrire. Habituellement, ce sont des brèves, des coups de gueule qu’il garde pour lui ou qu’il publie sur les réseaux sociaux pour donner de ses nouvelles. Un jour, un mal de dos l’empêche de travailler la terre qu’il aime tant. Il prend alors le temps de se poser et de noter sur 600 pages tous ses ressentis, les mésaventures, rencontres et réflexions qui l’ont envahi et transformé depuis le moment où il a décidé d’aider les migrants en errance dans la vallée de la Roya. Cela donne le livre Change ton monde.

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Outre les onze gardes à vue, les perquisitions, les procès (conclus par une relaxe en mai 2020), Cédric Herrou raconte aussi sa propre histoire de gars paumé, hors système, devenu paysan et qui a transformé son « bout de jungle » à Breil-sur-Roya en « camping international » accueillant des centaines d’exilés, devenu aujourd’hui la première communauté Emmaüs agricole. Encore une fois, il se prête au jeu des médias, mais par téléphone, et depuis la route qui longe sa ferme, les yeux rivés sur la vallée de la Roya, ravagée par les intempéries des dernières semaines.

Dès le début du livre, vous détaillez tous les sentiments, parfois contradictoires, qui vous traversaient : de la peur au doute en passant par la gêne, la honte, la compassion… Et vous avouez avoir eu peur des groupes de migrants, comme la plupart des gens. Quel a été le déclic ?

Cédric Herrou : La honte de fermer les yeux. Je suis né dans un quartier populaire de Nice, j’ai grandi avec des Noirs et des Arabes, on m’a appris à ne pas faire la différence entre les humains, et là je me méfiais des groupes de migrants que je voyais. J’étais confronté à des émotions complexes, entre deux craintes : la peur de la honte de laisser les gens au bord de la route et la peur du gendarme. À un moment, il faut choisir. Un jour, j’ai pris cette famille en stop, comme je l’aurais fait avec n’importe qui dans la vallée. Puis je suis allé à Vintimille, à l’église San Antonio, qui recueillait énormément de monde. Je me suis dit que ça pouvait devenir une action politique, que j’allais au moins sortir les enfants, les gamines, les familles de cet endroit. C’était pragmatique. Mon éditeur, qui a une ligne très à gauche, s’attendait à lire le texte d’une sorte de super-héros déterminé, militant, avec des revendications, mais je voulais montrer les doutes, les questionnements des gens normaux face à une telle situation.

L’enfance dans un quartier populaire niçois, le voyage en Afrique, l’arrivée dans la Roya, ce sentiment global d’être étranger au monde… La notion d’étranger est omniprésente dans votre vie. Comment a-t-elle forgé votre personnalité et vos choix ?

Quand on se sent étranger au monde, on aide peut-être davantage les minorités, on est plus sensible à la solidarité. Dès l’enfance, j’ai su que je n’étais pas à ma place, j’avais parfois l’impression d’être dans le film Truman Show, avec des acteurs autour de moi, des faux décors. Mon voyage jusqu’au Sénégal, à 19 ans, est arrivé quand j’avais besoin de faire une sorte de bilan, mais aussi de comprendre les origines de mes potes d’enfance. Un peu comme avec ce bouquin. Je me suis aperçu que j’ai davantage de liens avec un agriculteur soudanais qu’avec un Niçois.

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