Leur économie et la nôtre

La crise du Covid-19 a encore montré les limites du néolibéralisme.

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En 1974, André Gorz écrivait un texte toujours d’actualité, « Leur écologie et la nôtre », dans la revue Le Sauvage (1) : « Il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. » La crise du Covid-19 et le confinement généralisé ont montré le danger de la globalisation économique et l’inanité d’une certaine économie, mais celle-ci revient en force.

Par la « magie » de cette crise, le pacte budgétaire européen et les plans d’ajustement structurel ont été suspendus. Les États se sont mis à investir et à dépenser sans avoir de problèmes de financement. Les banques centrales de la planète, et notamment la Banque centrale européenne, ont ouvert des lignes de crédit aux États. Les groupes pharmaceutiques ont offert des médicaments à leur coût de production. Des activités inessentielles ont été interrompues. Le chômage partiel a permis de rémunérer des salariés inactifs. La croissance mondiale s’est effondrée, mais les sociétés ne se sont pas effondrées.

La réalité, c’est que l’économie est revenue à ses fondements premiers, celle qu’Aristote décrivait dans les Économiques ou dans la Politique, l’administration de la maison (société), le partage entre l’économie privée et l’économie publique, la chrématistique, la forme des échanges. Il y a les activités utiles, qui ont une valeur d’usage, et celles inutiles, qui n’ont qu’une valeur d’échange. Dans Small is beautiful. Une société à la mesure de l’homme, livre majeur écrit en 1973 par l’économiste Ernst Friedrich Schumacher, celui-ci présentait une autre économie, plus écologiste, partant de la question première de la production. La crise du Covid-19 a montré les limites du néolibéralisme. Après avoir été incapable de produire un produit aussi simple qu’un masque en quantité suffisante, le système est aujourd’hui en surproduction et l’épidémie en est à sa deuxième vague.

Pourtant, Gorz écrivait dans le même texte : «__ Essayer d’imaginer une […] production de tissus pratiquement inusables, de chaussures durant des années, de machines faciles à réparer et capables de fonctionner un siècle, tout cela est, dès à présent, à la portée de la technique et de la science de même que la multiplication d’installations et de services collectifs (de transport, de blanchissage, etc.) dispensant chacun de l’achat de machines coûteuses, fragiles et dévoreuses d’énergie. »

Au lieu de tirer les conséquences de ce début de crise en réorientant la production et les services vers les activités essentielles, en assurant un niveau de revenu suffisant à toutes et à tous, le système économique continue de s'appuyer sur les fondements du capitalisme et se montre incapable de juguler une crise persistante, de relancer une économie déclinante. Mais, surtout, après que le ralentissement de l’économie a montré son impact positif sur la pollution et la préservation des écosystèmes, la crise climatique s’est rappelée à l’humanité.

Loin du sursaut, les différents gouvernements s’enferrent dans un système insoutenable… jusqu’à quand ?

 Jérôme Gleizes Enseignant à Paris-8.

(1) « Leur écologie et la nôtre », André Gorz, http://ecorev.org/spip.php?article5


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