La guerre des vaccins a commencé

L’OMS a affirmé que le vaccin devrait être un « bien public mondial ».

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Euphorie des Bourses mondiales (+ 8 % en une après-midi pour le CAC 40), après l’annonce, le lundi 9 novembre à 13 heures, de l’efficacité « à 90 % » du vaccin de Pfizer. Les cours flambent pour Total, Airbus, Renault, tandis que Zoom et Netflix chutent brutalement. Les banques – jusqu’ici plombées par les risques de faillite de nombreuses entreprises débitrices – retrouvent aussi des couleurs.

Au passage, les dirigeants de Pfizer se soignent : ce même 9 novembre, le PDG a vendu pour 5,6 millions de dollars d’actions et la vice-présidente pour 1,8 million de dollars. Ce jour-là l’action avait gagné 7 %… Il faut dire que, en septembre, leurs collègues et concurrents de la société américaine de biotechnologie Moderna avaient eux aussi vendu pour 1,3 million de dollars d’actions, juste après la publication de résultats évoquant des essais cliniques prometteurs…

Ces petits abus annoncent-ils une escroquerie colossale ? En effet, il est à ce stade tout à fait plausible que les laboratoires pharmaceutiques qui remporteront la course au vaccin déposent des brevets et commercialisent leurs médicaments à des prix exorbitants. Et ce, alors même que leur effort de recherche sur le Covid-19 a été massivement financé par les États sous forme de subventions directes ou de précommandes.

Dans les pays du Nord, cela risque de se traduire par une explosion des dépenses de santé et donc des déficits budgétaires, prétexte à de futurs plans d’austérité. Pire encore : pour les pays pauvres, les brevets rendront les vaccins financièrement inaccessibles.

D’autant que la coopération mondiale en la matière semble mal partie. Déjà les pays riches, représentant seulement 13 % de la population mondiale, ont précommandé plus de la moitié des doses des principaux vaccins à l’étude (1). Sans oublier que les vaccins de Pfizer et de Moderna, de technologie dite ARN, exigeront d’être stockés dans des frigos sophistiqués, très chers, rares dans les pays riches et inexistants ailleurs.

L’OMS a certes annoncé en mai dernier que le vaccin contre le Covid-19 devrait être un « bien public mondial » accessible partout à faible coût. Elle a été soutenue par les principaux dirigeants mondiaux (hormis Trump…), dont tout dépend. S’agit-il d’une simple tactique pour faire pression dans la négociation sur les prix du vaccin, ou bien les États passeront-ils à l’acte, faisant passer l’urgence devant les droits de propriété ? Il suffirait aux États de décider que le vaccin passe sous « licence obligatoire » (une dérogation autorisée par les accords internationaux) pour fabriquer partout des versions génériques et stopper l’épidémie. En sacrifiant les profits d’une industrie pharmaceutique pour qui le Covid-19 est une divine surprise. Ce serait une énorme victoire de la solidarité, mais qui n’adviendra pas sans une forte pression des mouvements sociaux à l’échelle locale et internationale, comme pour les traitements anti-sida. 

(1) « Un petit groupe de pays riches a acheté plus de la moitié des futures doses du vaccin contre la Covid-19 », communiqué d’Oxfam France, 18 septembre 2020, www.oxfamfrance.org


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