Une leçon de déontologie(sbert)

FOG peut donner, lorsqu’il cède trop à ses penchants flagornifs, l’impression qu’il a zéro limite.

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Alors toi, je ne sais pas, mais moi je n’ai jamais cru aux sornettes qui se racontent encore çà et là sur la « neutralité journalistique » – cette gigantesque plaisanterie. Mais tout de même : force est de reconnaître que d’aucun·es poussent des fois un peu loin, dans leur exercice du beau et noble métier de journaliste – nous parlons ici d’une profession qui a tout de même donné au monde Pascal Praud et Jean Quatremer –, l’affichage de leurs complaisances et connivences.

Un gars comme Franz-Olivier Giesbert, par exemple, peut facilement donner, lorsqu’il cède trop à ses penchants flagornifs (1), l’impression qu’il a zéro limite. Lorsqu’il était directeur de l’hebdomadaire Le Point, il a ainsi rédigé en décembre 2016 (et après s’être échauffé en tricotant ce que lui-même appelait « un article sympa sur Bernard Tapie », que nous retrouverons un peu plus loin) un éditorial qui recensait, c’était son titre, « 7 raisons + 1 d’aimer François Fillon ».

Il en ressortait, en substance, que l’intéressé, en lice pour l’élection présidentielle, n’était pas seulement très agréable à regarder – il « a l’œil qui frise », s’extasiait Giesbert –, mais qu’il était, par surcroît, supérieurement intelligent, et qu’il était par conséquent, et comme d’autres sont des gendres, le candidat idéal. (Juste après, François Fillon avait été promptement dégagé de cette élection par la révélation, notamment, que son épouse avait reçu ce qui ressemblait d’assez près à des salaires de complaisance payés par une publication appartenant à un ami de Franz-Olivier Giesbert – mais c’est une autre histoire.)

Quelque temps plus tard, Franz-Olivier Giesbert s’est vu confier, à Marseille, la direction éditoriale du quotidien La Provence, propriété du même Bernard Tapie à qui il avait auparavant consacré, comme on l’a dit, « un article sympa ». (Le monde est petit, en effet : je ne cesse de m’en ébaudir.) Une fois installé dans ces nouvelles fonctions, Franz-Olivier Giesbert a confectionné, en juillet 2019, un éditorial où il écrivait notamment que Martine Vassal, candidate de la droite marseillaise à l’élection municipale, avait, je cite : « Tout pour elle, la compétence, l’aura, l’expérience. » Puis d’assurer : « Il ne lui manque que le succès (à venir en 2020). » (Après quoi, Martine Vassal a été battue. Dans l’intervalle, on avait appris que la collectivité qu’elle présidait avait alloué de conséquentes aides à La Provence – mais c’est une autre histoire.)

Mais, heureusement, il reste aussi – et encore – dans ce pays quelques journalistes plus vigilant·es.

La semaine dernière, l’un de ces gardiens de la bienséance a, depuis le plateau de télévision où il commentait le scrutin présidentiel américain, adressé à une consœur selon lui trop rétive à la perspective d’une possible réélection de Donald Trump cet âpre rappel à l’ordre : « On ne fait pas notre boulot de journaliste lorsqu’on transforme un journal en torchon électoral ! »

Il s’agissait, bien sûr, de Franz-Olivier (Déontolo-)Giesbert.

(1) Pas encore dans le dico, mais je suis en pourparlers avec Larousse.


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