Islamo-gauchisme ou islamo-vallsisme ?

Lorsque Manuel Valls était Premier ministre, la France a vendu des armes à l’Arabie saoudite.

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Le 17 février, Olivier Faure, big boss du PS, a déclaré, sur la chaîne dite d’information du groupe Bolloré : « Je ne sais pas ce que veut dire “islamo-gauchisme”. » Aussitôt, l’ex-Premier ministre socialiste (PMS) Manuel Valls lui a fait, sur Twitter, cette réponse discrètement lapidaire : « C’est pourtant simple : c’est l’alliance directe ou indirecte entre une partie de la gauche (politique, syndicale, médiatique, intellectuelle) [et] l’islam politique ou l’islamisme. »

J’ai trouvé cette contribution tout à fait stimulante, et j’ai voulu vérifier si cette définition correspondait à une réalité : j’ai donc cherché des exemples concrets d’alliances directes ou indirectes entre des représentants de la gauche française et l’« islamisme ». Et à vrai dire : j’en ai – sans surprise – trouvé fort peu.

Mais j’en ai tout de même découvert une, qui, accessoirement, me fait penser que Manuel Valls, pour confectionner sa définition, a peut-être un peu triché, ou qu’il a à tout le moins cédé à une certaine facilité – en mobilisant, pour sa démonstration, son expérience personnelle.

Puisque en effet, lorsqu’il était PMS – et représentait donc « une partie » non négligeable « de la gauche » française –, la France a vendu des armes à l’Arabie saoudite, où le wahhabisme est religion d’État, et où cet « islam politique » a des effets particulièrement épouvantables, comme le relevait à l’époque Amnesty International dans un rapport qui mentionnait notamment que « la liberté d’expression, d’association et de réunion était soumise à d’importantes restrictions », que « le recours à la torture et à d’autres mauvais traitements contre les détenus restait très répandu », que « les femmes faisaient l’objet de discrimination dans la législation et dans la pratique », ou encore que « les tribunaux » avaient « prononcé de nombreuses condamnations à mort » et que « les forces de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite » avaient « commis au Yémen des violations graves du droit international, dont certaines étaient des crimes de guerre ».

Pourtant, Manuel Valls, au terme d’une visite officielle à Riyad, s’était vanté, en octobre 2015, d’avoir conclu avec ce magnifique pays des contrats – qui donc portaient notamment sur la livraison de matériels militaires – d’un montant cumulé de plusieurs milliards d’euros, dont il avait justifié la signature en ces termes : « Nous partageons avec l’Arabie saoudite un certain nombre de visions stratégiques. »

Puis, quand son chef de l’époque, François Hollande, alors président de la République, avait très discrètement décoré de la Légion d’honneur le ministre saoudien de l’Intérieur en mars 2016, Manuel Valls avait proclamé qu’il convenait d’« assumer » cet hommage.

Reste que cet exemple caractérisé d’alliance commerciale et « stratégique » revendiquée entre un représentant de la gauche française et l’« islamisme » est si exceptionnel – et en vérité si rare – qu’il est difficile de dire s’il relevait de ce que la droite et Manuel Valls appellent l’« islamo-gauchisme » – ou s’il ne s’agissait pas plutôt d’une espèce d’islamo-vallsisme gouvernemental.


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