La bataille de l’Odéon

Face à l'inaction du gouvernement, les professionnels occupent le théâtre de l'Odéon pour réclamer un calendrier de réouverture des lieux de culture.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


Joli clin d’œil : le slogan ornant le fronton du théâtre de l’Odéon lors de son occupation en mai 1968 disait : « Étudiants-Ouvriers, l’Odéon est ouvert ». Ouvert ? Voilà un mot qui aujourd’hui, alors que la culture est placée depuis de longs mois sous étouffoir, sonne comme un défi. Cinquante-trois ans plus tard, c’est ce haut lieu symbolique que des artistes et des techniciens, à l’initiative de la CGT Spectacle, ont décidé d’occuper à partir du 4 mars.

Depuis, cette action ne cesse de gagner en audience. Parce que la situation est arrivée à un point de tension insupportable. À la fermeture des scènes et des cinémas qui s’éternise s’ajoute l’atonie du gouvernement, ressentie à juste titre comme du mépris. La semaine dernière, une tribune réclamant la réouverture des salles de cinéma, publiée par Le Monde, a beau avoir été signée par la fine fleur de la profession, elle n’a déclenché aucune réaction en haut lieu. La ministre, Roselyne Bachelot, plus tape-à-l’œil que son prédécesseur, Franck Riester, a finalement le même poids politique proche de zéro. Son passage parmi les occupants de l’Odéon, le 6 au soir, a eu l’effet d’un non-événement : les mots qu’elle prononce n’ont aucune consistance. C’est pourquoi ceux-ci réclament la présence du Premier ministre à la réunion du Conseil national des professions du spectacle qu’ils appellent de leurs vœux – un Jean Castex manifestement sensible aux beaux-arts puisqu’il a qualifié feu Olivier Dassault d’« artiste à l’élégante audace »

Cette occupation gagne aussi en ampleur parce qu’elle porte une revendication première allant au-delà du secteur culturel : le retrait de la réforme de l’assurance-chômage, dont la ministre « de gauche » Élisabeth Borne, qui en attend 1 milliard d’économies, a fixé l’entrée en vigueur dès le 1er juillet – on a le sens des priorités… La prolongation de l’année blanche, octroyée aux intermittents du spectacle jusqu’au 31 août 2021, est également demandée. Ainsi qu’un calendrier de réouverture des lieux de culture – dont des études montrent que le coronavirus s’y diffuse moins que dans les écoles ou lors des repas en famille à condition d’y respecter un strict protocole avec jauges limitées – accompagné d’un vaste plan de reprise d’activité.

« Nos divertissements sont finis. Ces acteurs, / j’eus soin de vous le dire, étaient tous des esprits : / Ils se sont dissipés dans l’air, dans l’air subtil. » Ainsi s’exprime Prospero dans La Tempête de Shakespeare. C’est au contraire pour continuer à faire vivre la culture en chair et en os que luttent aujourd’hui les artistes et les techniciens, combat essentiel.


Haut de page

Voir aussi

Droit à l’avortement, cause universelle

Éditorial accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.