« La fête est devenue une sorte de manifestation politique »

L’anthropologue Emmanuelle Lallement analyse le rôle fondamental des liens de sociabilité pour chacun et la vie en société.

Socio-anthropologue, spécialiste de la fête et de l’« événementialité culturelle urbaine », des villes contemporaines, des consommations ou du tourisme de masse mondialisé, Emmanuelle Lallement porte un regard aigu sur l’évolution de notre société depuis le début de la pandémie de Covid-19 et les restrictions sanitaires qu’elle a entraînées. Elle souligne aujourd’hui les grandes difficultés – et la lassitude incontestable – induites pour les individus dans leur vie collective.

Vous remarquez que la ville est bien « moins lisible » depuis les mesures sanitaires datant de plus d’un an, avec des lieux « ouverts » interdits et d’autres « fermés » autorisés. Quelle est la conséquence, selon vous, d’une telle illisibilité ?

Emmanuelle Lallement : Au bout d’un an de confinement ou d’autres mesures restrictives, on a un certain recul permettant d’observer combien leurs conséquences ont été importantes, en particulier pour les espaces publics. Même si la situation a été assez différente selon les périodes. Lors du premier confinement, tous les lieux accueillant du public étaient fermés (à l’exception des commerces alimentaires et de quelques autres) et on a vu une ville littéralement vidée de toute activité, de tout côtoiement physique dans la rue et de tous les échanges sociaux. Ensuite, il y a eu le déconfinement, avec une réoccupation des espaces publics que l’on a pu voir notamment avec les extensions (temporaires) de terrasses dans les villes : cela a créé un autre paysage urbain, avec une super-visibilité de certains espaces marchands et des rassemblements autour de ceux-ci. Puis il y a eu le deuxième confinement, avec une configuration un peu différente.

Aujourd’hui, on a un resserrement plus strict, entraînant une nouvelle rétractation de l’espace public. Là où des commerces avaient pu s’étaler davantage dans la rue, on a des sortes de vides bien plus voyants qu’auparavant, avec ces terrasses en bois face à des commerces fermés depuis plusieurs mois, alors qu’elles avaient été édifiées justement pour permettre la renaissance d’une certaine vie sociale dans l’espace public après le premier confinement. C’est finalement encore pire, parce qu’en étant désertes (sinon squattées par des SDF qui ne savent où aller…), elles sont le signe d’une véritable absence. Cela montre une ville et un espace public terriblement marqués.

C’est pourquoi vous parliez de cette « illisibilité » de la ville aujourd’hui…

Nous sommes en effet dans un rythme de vie très peu compréhensible ou lisible, avec ces espaces totalement vides (car ne devant recevoir aucun public) jouxtant des supermarchés où l’on voit que d’autres règles sont à l’œuvre…

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