10 mai 1981 : Cette victoire que l’on n’attendait plus

Quoique largement désunie, la gauche remporte la présidentielle. C’était il y a tout juste quarante ans…

Le 10 mai 1981 est assurément une date dans l’histoire de la gauche. Mais aussi du pays. Une de celles qui font que l’on se souvient de ce que l’on faisait et où l’on était quand, à 20 heures, un graphisme informatique encore rudimentaire dévoilait le visage de François Mitterrand sur les écrans de télé. Après vingt-trois années dans l’opposition, la gauche arrive au pouvoir pour la première fois sous une Ve République taillée pour l’en éloigner. Politiquement, c’est un tremblement de terre.

La droite, qui après tant d’années aux commandes s’imaginait seule légitime à exercer la direction du pays, est sonnée. En deuil. Le « peuple de gauche », lui, exulte. Un peu partout en France, le résultat est accueilli par des scènes de liesse. À la grande fête organisée par le Parti socialiste (PS) place de la Bastille, à Paris, une foule joyeuse, enthousiaste, chaleureuse témoigne de l’immensité des espoirs que suscite cette élection présidentielle. Les premières mesures prises par le gouvernement de Pierre Mauroy, constitué le 22 mai, concrétisent très vite le changement. Après des élections législatives qui donnent la majorité absolue au PS et l’entrée de quatre communistes au gouvernement, les réformes s’enchaînent à un rythme soutenu à côté duquel le bilan législatif de François Hollande fait pâle figure.

Lire > Une rafale de décisions de rupture

Cette victoire, le peuple de gauche l’espérait depuis longtemps mais ne l’attendait plus. Elle lui avait échappé en Mai 68, faute de perspective politique. La séquence « révolutionnaire » s’était close sur une victoire sans appel du parti de l’ordre alors qu’aux législatives de 1967 la gauche avait manqué d’une voix la majorité absolue à l’Assemblée nationale. En 1969, la présidentielle se joue au second tour entre deux candidats de droite. L’union de la gauche, concrétisée en septembre 1972 par la signature d’un programme commun de gouvernement négociée entre le PS, refondé un an plus tôt au congrès d’Épinay, le Parti communiste français (PCF) et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG), est prometteuse. Dès 1973, les trois formations passent de 91 à 173 députés. À la présidentielle de 1974, François Mitterrand, candidat unique de la gauche, est à 430 000 voix de l’emporter avec 49,19 %. Le succès, en revanche, est au rendez-vous des municipales de 1977. Aux législatives de 1978, de nombreux sondages annonçaient sa victoire, mais la gauche perd encore. Six mois auparavant, l’actualisation du programme commun réclamée par le PCF a provoqué la rupture de l’union de la gauche et brisé la dynamique unitaire.

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