La presse de droite et la #giflevérité

Cet épisode s’inscrit dans un sinistre continuum de violences nationalistes.

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La semaine dernière, donc, Emmanuel Macron, chef de l’État français, a été giflé, lors d’un tour de ville de campagne, par un quidam amateur de braillements royalistes qui s’était fait accompagner, pour cette performance, d’un ami lecteur de Mein Kampf chez qui plusieurs armes ont ensuite été retrouvées.

Immédiatement, le commentariat presso-médiatique de droite et d’extrême droite, qui ces temps-ci se précipite pourtant (1) sur le moindre fait divers comme mouches sur étron, s’est employé à minimiser la réalité de cette agression.

Dans cette entreprise, Le Figaro, qui cultive un rapport assez ambivalent au monde réel, s’est – sans surprise – illustré par une particulière dévotion, en présentant le gifleur et son comparse (dont il était alors établi, insistons-y, qu’ils avaient quelques sympathies pour « l’ultradroite ») comme de simples « geeks fans du Moyen Âge » au « profil improbable ».

Puis tout ce tout petit monde, d’Éric Onfray à Michel Zemmour (ou l’inverse), a repris en chœur l’explication selon laquelle cette gifle trahissait que le-respect-de-l’autorité-se-perd-mon-bon-monsieur, et que c’était-tellement-mieux-avant. (Mais que M. Macron l’avait bien cherché – il n’a qu’à pas s’afficher avec des youtubeurs, ce comportement n’est pas digne d’une si haute éminence républicaine, il ferait mieux de venir sur CNews.)

Puis, pour finir, Geoffroy Lejeune, directeur du magazine réactionnaire Valeurs actuelles, a synthétisé tout ça en tweetant, manifestement tout content d’avoir imaginé une si puissante démonstration, que « la #GifleMacron n’est pas la cause mais la conséquence de la désacralisation de la fonction présidentielle. Le général de Gaulle n’aurait jamais pris ce genre de claque. »

Sauf que, dans la vraie vie, le général de Gaulle a quant à lui été, en août 1962, quelques semaines après la signature des accords d’Évian et la fin de l’immonde guerre d’Algérie, la cible, au Petit-Clamart, de tirs de terroristes d’extrême droite de l’OAS-Métropole. Cet épisode s’inscrivait dans un continuum puisque, vingt-six ans plus tôt, l’agitateur royaliste Charles Maurras avait écrit, en mai 1936 : « C’est en tant que juif qu’il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum », lequel venait d’être nommé président du Conseil. Et ce continuum a continué puisqu’en juillet 2002, encore, un militant d’extrême droite avait, on se le rappelle, tiré sur Jacques Chirac, président de la République.

De sorte qu’on en viendrait presque – presque – à se demander si l’excellent M. Lejeune et ses coturnes (2), lorsqu’ils imputent la gifle de la semaine dernière à une « désacralisation de la fonction présidentielle », ne chercheraient pas, en vérité, à occulter une longue et sinistre tradition, ininterrompue, de violences nationalistes.

(1) Et à la fin d’alimenter dans l’époque l’agitation sécuritaire sur laquelle prospèrent, de la darmaniste à la péniste, toutes les droites râpeuses.

(2) Les mêmes, qui s’étaient gaussé·es d’abondance quand Mélenchon avait tempêté que sa « personne » était « sacrée »


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