Oral, ô désespoir, au nouveau bac ?

Le « grand oral » prévu dans la réforme Blanquer a été maintenu malgré la crise sanitaire. Une épreuve destinée à favoriser l’aisance verbale mais qui met en exergue les inégalités sociales.

J e vous signale tout de suite, mesdames et messieurs… que je vais parler pour ne rien dire. » Le défi de Louis*, pour son baccalauréat, sera de citer le sketch Parler pour ne rien dire de Raymond Devos. Pas dans sa copie, mais lors de l’épreuve du grand oral, qu’il passe le 25 juin. « Après tout, cet exercice est tellement flou que je vais vraiment parler pour ne rien dire », sourit le lycéen. Nouvelle épreuve prévue dans la réforme du bac, ce grand oral dure vingt minutes et compte pour 10 % de la note finale en filière générale et 14 % en filière technologique. Après avoir présenté durant cinq minutes une des deux questions qu’il a préparées durant l’année, en lien avec ses enseignements de spécialité, Louis devra échanger pendant dix minutes avec les deux enseignants du jury. Enfin, les cinq dernières minutes, il exposera son projet d’orientation.

Début mai, alors que le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, présentait les aménagements pour la session 2021 du bac, à la fois première année de la réforme et première année passée entièrement en crise sanitaire, il a maintenu cette épreuve. « Ce serait plus facile, d’un point de vue pratique, de l’annuler mais je pense que c’est bon pour les élèves de s’exercer à cela. Si on a créé cet exercice, c’est précisément parce que cette compétence est fondamentale : savoir argumenter, savoir écouter, être capable de parler tout simplement », expliquait le ministre, repoussant ainsi la revendication de certains syndicats lycéens qui, dans le mouvement #BacNoir, demandaient l’annulation de la totalité des épreuves, au bénéfice du contrôle continu.

Cette nouvelle discipline ne fait pas peur à Louis : « Après cinq ans de théâtre, je me sens plutôt à l’aise à l’oral ! » Ce n’est pas le cas de Julie*, scolarisée dans un lycée de Bretagne. « Rien que de penser à cette épreuve, j’angoisse. Depuis l’école primaire, il y a marqué “des problèmes à l’oral” sur mes bulletins de notes. Lorsque je dois prendre la parole en public, et surtout en classe, j’ai une boule dans la gorge. Le seul oral que j’ai passé de toute ma scolarité, c’est celui du brevet, et j’ai eu une très mauvaise note », explique la jeune fille, qui précise pourtant qu’à l’écrit elle est « plutôt bonne élève ».

« Les élèves qui discutent de cinéma ou de politique avec leurs parents sont mieux armés. »

Outre les différences de caractère, l’aisance à l’oral, notamment dans le milieu scolaire, est en lien avec l’origine sociale. On le sait depuis les textes de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, qui soulignaient que tous les enseignements présupposaient des savoir-faire, savoir-être et, dans ce cas précis, des savoir-dire qui étaient socialement marqués dans les classes sociales cultivées (1). Marie*, enseignante dans un lycée à Montreuil (Seine-Saint-Denis), l’a vérifié auprès de ses élèves de terminale. « Je leur ai demandé comment se passaient les repas chez eux, s’ils discutaient avec leurs parents et de quels sujets. Force est de constater que ceux qui se débrouillent le mieux à l’oral sont ceux qui discutent avec leurs parents de cinéma, de littérature ou de politique. Ces échanges leur apprennent à argumenter, à construire leur réflexion. Et, oui, il s’agit des élèves dont les parents sont diplômés, possèdent les codes de l’école, etc. », explique l’enseignante, qui est chargée de la spécialité « humanités, littérature et philosophie ».

Il reste 65% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

À quoi bon le Moyen Âge ?

Société accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.