Sur YouTube, les nouveaux visages de l’extrême droite

Papacito, « l’enfarineur » de Mélenchon… Une communauté de vidéastes proches de la droite radicale trouve sur la plateforme de Google de quoi diffuser sa haine dans une relative impunité.

Face caméra, il commence sa vidéo : « Bonjour mes petits chiots ! » L’homme qui parle a le visage grimé de noir, en « black face ». Confortablement installé, il est vêtu d’une chemise blanche et d’une veste bleue. Ce jeune homme, surnommé Til, n’est autre que « l’enfarineur » de Jean-Luc Mélenchon. Celui qui se définit comme « souverainiste » et opposé à « la destruction des nations » est aussi l’animateur de la chaîne YouTube « Pourquoi ça craint ? », suivie par 21 000 personnes. Dans ses vidéos, il reçoit sur son canapé des personnalités influentes de la fachosphère, comme le rappeur nationaliste Kroc Blanc ou le royaliste Thibault Devienne.

À l’image d’Alain Soral, qui avait investi YouTube jusqu’à ce que la plateforme supprime ses vidéos en juillet 2020, une nouvelle génération de vidéastes proches des milieux de la droite radicale a fait son apparition. Papacito (l’homme qui a produit une vidéo dans laquelle il tire sur un mannequin présenté comme un électeur insoumis, et contre qui Jean-Luc -Mélenchon a déposé une plainte), mais aussi le Raptor (ex-Raptor dissident), Caljbeut, Code RNO, Bench&Cigars, Julien Rochedy… À travers des vidéos au contenu « divertissant » – musculation, dégustation de whisky « entre hommes »… – ces jeunes gens de 26 à 33 ans partagent leur avis sur l’actualité. Des thèmes reviennent régulièrement : l’importance d’être un vrai homme face à ces « connasses de féministes », le rejet de l’immigration, la passion des armes. Ils sont suivis par une communauté importante : plus de 700 000 abonnés pour le Raptor, 293 000 pour Code RNO.

Pour Julien Giry, chercheur en science politique à l’université de Tours, il ne faut pas confondre ces individus avec les « youtubeurs historiques » de l’extrême droite, tels Alain Soral ou Jean-Marie Le Pen, ce dernier ayant été l’un des premiers hommes politiques à investir YouTube, dès la campagne présidentielle de 2007. « Il y a un clivage générationnel entre des youtubeurs plus traditionnels, qui avaient une formation idéologique, et cette génération qui a un discours relativement confus et des références moins structurées », analyse le chercheur. Pascal Ricaud, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Tours, confirme : « On n’a pas l’impression qu’ils sont au service d’un projet clairement identifié, d’un objectif politique. Ils expriment plutôt une critique tous azimuts du système politique, du pouvoir, des alternatives qui ne vont pas dans leur sens. » Un avis qui ne fait pas consensus, puisque les youtubeurs sont parfaitement conscients de leur influence et utilisent l’humour pour faire passer leurs messages. Dans un entretien à TV Libertés, web TV classée à l’extrême droite, le 26 mai, Baptiste Marchais, de Bench&Cigars, explique sa démarche : « Si vous attaquez de front et faites quelque chose de vraiment politique, non seulement vous vous exposez à la censure, mais des gens seront imperméables à ce contenu. Par un contenu plus fin, plus évasif, on peut amener ces gens vers un contenu politique très frontal. »

Ces youtubeurs ne se revendiquent jamais comme proches des milieux d’extrême droite. Le Raptor se décrit comme apolitique. Mais, s’ils « ne roulent pas pour le RN », assurent les chercheurs, ils partagent de nombreuses idées avec la droite radicale.

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