Catherine Corsini : « Les soignants ont apporté leur vérité »

Avec La Fracture, Catherine Corsini signe une tragicomédie hautement politique sur la situation de l’hôpital, c’est-à-dire sur l’état de notre société. Dans un service des urgences sous pression, deux lesbiennes bobos, un gilet jaune et des infirmières se rencontrent, souffrent, soignent et se débattent.

Ce fut l’une des très bonnes surprises du dernier Festival de Cannes (lire la critique sur Politis.fr). La Fracture, dont l’action se déroule quasi intégralement dans un service des urgences un jour de manifestation de gilets jaunes, déclenche un rire politique et des émotions justes.

Cette comédie très réussie a un effet cathartique indéniable, étant donné la situation de l’hôpital aujourd’hui, en même temps qu’elle ne sous-estime en rien la détresse qui y règne tant du point de vue des patients que de celui des soignants, dont certains jouent leur propre rôle. Comme Aissatou Diallo Sagna, qui se hisse au même plan que Valeria Bruni Tedeschi, Marina Foïs et Pio Marmaï.

Rencontre avec Catherine Corsini, qui, malgré de nombreuses difficultés, a su mener à bien un projet éminemment nécessaire.

Comment le désir de faire ce film vous est-il venu ?

Catherine Corsini : Après deux films d’époque (1), j’avais envie de travailler sur le monde actuel, avec une forte résonance politique. Je pensais beaucoup à Ken Loach et à certains de ses films comme Raining Stones. Je m’interrogeais sur l’angle que je pouvais prendre.

Je me suis retrouvée aux urgences avec une fracture du coude, et tout d’un coup j’ai eu un déclic. Je voyais autour de moi un microcosme de la société, des gens abîmés, beaucoup de détresse, avec en arrière-plan les manifestations des gilets jaunes et les hôpitaux débordés où affluaient les blessés.

Quand avez-vous écrit le scénario ? Et quand a eu lieu le tournage ?

J’ai écrit le scénario avant la pandémie. Pendant le premier confinement, j’ai essayé de le reprendre pour l’actualiser, comme on m’encourageait à le faire. Mais c’était artificiel. J’ai tourné peu après. En fait, je crois que le film n’est pas si décalé que cela. J’ai montré La Fracture à 700 soignants, dont certains sont dans le film : ils disent non seulement que la situation n’a pas changé, mais qu’elle s’est dégradée. 5 700 lits ont été supprimés en 2020. Et les démissions s’accumulent.

Les soignants ne souhaitent pas être traités en héros, ils demandent simplement de pouvoir faire leur travail…

Ils ont un sentiment d’abandon, alors qu’ils se sont donnés corps et âme au pire de la crise. Plusieurs d’entre eux ont été victimes du covid. Ils ont obtenu des miettes au Ségur de la santé puis ont été conspués au prétexte qu’ils ne voulaient pas se faire vacciner. Pour eux, le plus important, c’est qu’il y ait davantage de personnel et de meilleures conditions de travail, même si la reconnaissance salariale est importante, bien sûr. Souhaiter prendre le temps de s’occuper des patients et ne pas pouvoir le faire suscite une frustration terrible, à rebours de ce qu’ils sont et de ce qu’on leur apprend. C’est pourquoi nombre d’entre eux sont en burn-out ou s’en vont.

Il est impossible de tourner dans un hôpital en fonctionnement. Comment avez-vous fait ?

Nous pensions, à tort, pouvoir utiliser les couloirs souterrains d’un hôpital parisien. Nous avons dû tourner dans un local désaffecté où il n’y avait rien. J’ai travaillé avec mon équipe de décoration à reconstituer en détail un service des urgences : nous nous sommes appuyés sur des photos que nous avions prises à Lariboisière, à Paris. Nous avons voulu montrer non pas un hôpital propret ou ultramoderne, comme on le voit souvent, mais un lieu qui témoigne des différentes strates d’agrandissement, fait de bric et de broc.

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