Les écomodernistes et la « terraformation » de Mars

Il fait pour l’instant beaucoup trop froid sur Mars. Mais après tout, réchauffer une planète, nous savons faire.

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Les écomodernistes sont des écologistes heureux. L’Anthropocène s’annonce « bon », voire « remarquable ». Les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter ? Pas grave, la géo-ingénierie propose des techniques puissantes pour refroidir la Terre, comme d’envoyer des aérosols ou des nanoparticules de soufre dans l’atmosphère pour réfléchir le rayonnement solaire. La diversité biologique disparaît ? Grâce à la biologie de synthèse, nous pourrons créer une biodiversité artificielle encore mieux adaptée à nos besoins. L’agriculture 2.0, de précision ou connectée, permettra quant à elle d’intensifier encore la production agricole, libérant ainsi des terres qui pourront revenir à l’état naturel. L’industrie nucléaire offrira une énergie décarbonée en abondance. Ainsi, les progrès scientifiques et techniques aboutiront à « découpler » la croissance de ses effets néfastes, et nous pourrons nous affranchir des limites planétaires (1).

Un des nombreux sujets d’enthousiasme concerne la conquête spatiale, où les progrès sont là aussi très rapides. Lancer un satellite est aujourd’hui routinier : il y en a déjà plus de 4 000 en orbite et Elon Musk prévoit d’en envoyer 10 000, et peut-être jusqu’à 40 000 de plus. Pour quoi faire ? Couvrir toute la planète pour donner à tous l’accès à l’Internet à haut débit, infrastructure complémentaire au réseau terrestre d’antennes 5G. Les données échangées par nos milliards d’objets connectés sont en nombre exponentiel, et il faut assurer le fonctionnement des sociétés digitales qui s’annoncent. Puisque la « transition écologique » sera aussi numérique, dixit la Commission européenne dans son « pacte vert », ces infrastructures sont de toute première importance, et l’accès à l’espace est aujourd’hui un enjeu géopolitique majeur. Tant pis pour ceux qui aiment contempler les étoiles.

La vision grandiose de la puissance humaine portée par les écomodernistes ne s’arrête pas là. Certains ont pour projet de « terraformer » Mars afin de la rendre habitable, et ainsi d’en exploiter les ressources minérales. Les nôtres commencent à s’épuiser. Comme Mars n’a quasiment pas d’atmosphère, il s’agira en fait de la créer. Elon Musk, encore lui, proposait aimablement d’y lancer des bombes nucléaires pour libérer le carbone emprisonné dans les sols. Cela aurait aussi l’avantage de réchauffer Mars, où il fait pour l’instant beaucoup trop froid, un gros problème. Certains tentent de mettre au point de gigantesques miroirs réfléchissant la lumière solaire. D’autres pensent y importer du méthane, gaz au pouvoir réchauffant environ 20 fois supérieur à celui du CO2, et de nombreuses autres recherches sont en cours. Réchauffer une planète, nous savons faire.

Cette position prométhéenne rassemble des écomodernistes de droite et de gauche, de Luc Ferry à Jean-Luc Mélenchon, communiant dans leur émerveillement devant l’ingéniosité délirante d’Homo industrialus (2). Quand allons-nous nous réveiller ?

(1) « Un manifeste écomoderniste », www.ecomodernism.org.

(2) Jean-Luc Mélenchon sur son blog, le 25 février 2021, « Les insoumis iront sur Mars
(s’ils veulent) »
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