Dossier : La France insoumise vise « l'union populaire »

« Mélenchon est la dernière chance du populisme de gauche »

Le nouvel essai du politiste Manuel Cervera-Marzal décortique la sociologie et le fonctionnement de La France insoumise, sans rien omettre de ses failles.

À l’état gazeux, la matière n’a ni volume ni forme propre. La France insoumise se voudrait pareille. Le jeune mouvement représente, depuis sa création en 2016, un casse-tête pour les politologues et les journalistes. Si beaucoup se consolent en commentant les sorties et les tribulations de son chef, Jean-Luc Mélenchon, le politiste Manuel Cervera--Marzal garde les yeux rivés sur sa structure. Après trois années de recherche et une centaine d’entretiens, il livre dans Le Populisme de gauche (1) un tableau détaillé du mouvement. Au-delà d’une analyse à froid de l’organisation politique, l’essai évoque aussi ceux qui la composent, ses militants et ses militantes. En parallèle, il dresse également le bilan de la dernière décennie du populisme de gauche, qu’il associe en filigrane à la trajectoire de La France insoumise.

Entre les militant⋅es issu⋅es du Parti socialiste ou du Parti communiste et les insoumis⋅es, les différences sociologiques sont-elles notables ?

Manuel Cervera-Marzal : Assez peu. Si on mêlait ces trois groupes de militants, on aurait du mal à distinguer des profils sociologiques très différents. À chaque fois, on retrouve une surreprésentation des catégories de personnes considérées comme disponibles, c’est-à-dire des retraités et des étudiants. Très majoritairement blancs, par ailleurs. Ce qui est plus original, ce sont les parcours politiques. Au cours de mes entretiens, j’ai retrouvé approximativement un tiers de militant·es venant du Parti de gauche, un tiers venant du PCF ou d’autres partis et un tiers de novices, qui découvraient ainsi l’engagement politique.

Ces derniers ont-ils réussi à prendre racine dans la structure ?

Pas vraiment, ou beaucoup moins qu’ils n’auraient pu le faire. Initialement, le mouvement avait réussi à réunir 500 000 membres. Bien sûr, c’est en partie un effet d’optique, qui s’explique par des règles d’adhésion très simples et la gratuité de la démarche. Sur tous ces membres, je considère qu’il y a tout de même 80 000 à 100 000 militant·es s’investissant activement en 2017. L’année d’après, ce chiffre s’effondre pour s’établir autour de 10 000 personnes. Je ne saurais dire si La France insoumise n’a pas su les retenir ou si elle n’a pas voulu le faire. Il me semble que seule une infime partie du financement public obtenu par elle (environ 4 millions d’euros par an) est réinvestie dans la consolidation des groupes locaux.

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