Un couvre-feu pour le climat ?

À l’aune des restrictions et des interdictions imposées par la crise pandémique, il est difficile de comprendre qu’aucune mesure à la hauteur de la crise environnementale ne soit mise en place par les gouvernants.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Tout au long de la crise du covid-19, les pouvoirs publics auront invoqué à maintes reprises la solidarité intergénérationnelle pour justifier telles interdictions et restrictions ou convaincre les populations d’accepter tel changement radical de comportements et d’habitudes. Le journal La Croix publiait en octobre 2020 un article intitulé « La solidarité intergénérationnelle à l’épreuve de la pandémie ». Citant les données de Santé publique France et du gouvernement, il décrivait un taux de mortalité augmentant en France d’un facteur 8 à 10 pour chaque génération (tranche de 20 ans), les plus de 60 ans représentant 90 % des décès.

Confinement généralisé ou couvre-feu, fermeture des commerces « non essentiels » et des écoles, des bars et des restaurants, restrictions drastiques de déplacements étaient socialement acceptés par une très large majorité de la population, tant pour freiner et limiter l’épidémie que pour protéger les personnes les plus âgées. Or une jeune fille du Pays basque se demandait récemment dans les colonnes d’Enbata, une revue militante locale, si cette solidarité intergénérationnelle ne s’exerçait pas à sens unique.

En effet, l’adoption de mesures radicales et le déploiement de moyens colossaux pour en finir le plus vite possible avec la pandémie de covid-19 semblent certes motivés par la protection des plus âgés mais aussi, et surtout, par l’obsession de retourner au plus vite au monde d’avant, qui condamne pourtant les plus jeunes à un avenir invivable : « Le sixième rapport du Giec rappelle qu’à moins de réductions immédiates, rapides et massives des émissions de gaz à effet de serre, la limitation du réchauffement aux alentours de 1,5 °C, ou même à 2 °C, sera hors de portée. Les conséquences du dépassement des 2 °C seraient irréversibles et sans commune mesure avec celles du covid », écrivait cette jeune lectrice. Soulignant que, depuis le début de la pandémie, des sacrifices étaient exigés de la part des plus jeunes pour l’intérêt général et sauver la vie des plus âgés, elle interpellait ainsi : « Quand va-t-on enfin faire preuve de solidarité générationnelle envers les plus jeunes et les générations prochaines ? »

Cette question mérite d’être approfondie. Comment comprendre, en effet, que nous ne soyons pas déjà depuis des années, voire des décennies, en train de débloquer des moyens colossaux et de prendre des mesures radicales pour protéger la vie sur Terre des jeunes générations et de nos propres enfants ? Comment comprendre qu’en trente ans d’alertes du Giec aucun gouvernement n’ait invoqué la solidarité intergénérationnelle pour justifier la mise en place de politiques visant à leur assurer un avenir vivable ?

Quand on voit ce qu’on a pu faire et accepter pour limiter l’épidémie de covid-19, en quoi était-il impossible d’interdire la publicité ou les spectacles de type courses automobiles, ou de fermer les commerces et entreprises climaticides ? Pourquoi n’a-t-on pas restreint massivement les possibilités de se déplacer en voiture ni limité radicalement la taille et la consommation des véhicules ? Comment comprendre qu’il n’y ait eu aucune campagne systématique et permanente de promotion de la sobriété à tous les niveaux ? Pourquoi n’a-t-on pas proscrit l’obsolescence programmée, les financements publics ou privés des énergies fossiles, les permis d’exploration les concernant ? Pourquoi n’a-t-on pas systématiquement taxé les pratiques fortement émettrices de gaz à effet de serre ni interdit les jets privés ou les bateaux de croisière ?

Où sont les plans massifs de réhabilitation des logements et de développement des transports collectifs ou doux, des énergies renouvelables, de l’agroécologie ? Où sont les politiques déterminées de relocalisation tous azimuts, de conversion des industries automobiles, aéronautiques, agroalimentaires, pétrochimiques ?

Quand on voit ce qui a été entrepris pour enrayer une pandémie, dont la gravité – si importante soit-elle – n’égale en rien celle du dérèglement climatique en cours, comment comprendre l’inanité des politiques actuelles dans ce domaine ? Comment ne pas avoir la rage en constant le détricotage des propositions de la Convention citoyenne sur le climat et la faiblesse criminelle de la loi climat et résilience?

Plus près de nous, au quotidien, comment comprendre cette personne accompagnant à l’école en SUV les deux enfants qu’elle aime plus que tout au monde ? Comment comprendre qu’elle soit en train de sacrifier leur avenir, leur vie, à la satisfaction indécente – dans le contexte actuel de péril climatique – d’un besoin de consommation ostentatoire et de confort personnel tout à fait superflus ?

Par Txetx Etcheverry Cofondateur d’Alternatiba, militant de Bizi ! et d’ANV-COP 21.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.