Violences aux migrants : Cette réalité qu’on veut nous cacher

Mise à l'écart et intimidation sont devenues l’ordinaire des journalistes et des observateurs associatifs qui tentent de rendre compte de l’action des pouvoirs publics contre les migrants du Calaisis.

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Le reportage à Calais que nous livre Romane Lizée cette semaine témoigne des agissements effrayants des forces de l’ordre contre des personnes migrantes. Ce n’est peut-être pas le premier que vous lirez, mais il décrit une intolérable réalité qui dure depuis trop longtemps pour qu’on s’y résigne par lassitude. Une réalité que les autorités de ce pays voudraient taire, et en tout état de cause nous empêcher de rapporter.

Lire > Comment la France harcèle les exilés

Notre reporter n’a pu que le constater. Témoin d’une opération de police au petit matin, elle a vu les forces de l’ordre établir, autour du campement d’exilés qu’elles étaient venues détruire, un « périmètre de sécurité » pour tenir à l’écart bénévoles et journalistes, à qui on intime l’ordre de « reculer ». Ne pouvant rien voir, rien photographier, elle a bien tenté de contourner les agents en poste mais a vite été rattrapée. Un gendarme l’écarte et finit par lui demander ses papiers, et noter son identité et son numéro de carte de presse. Elle ne faisait que son travail. Au cours d’une autre opération de police, c’est un CRS qui la filme à travers la fenêtre entrouverte de son véhicule. « Vous nous filmez bien, vous », rétorque l’agent à notre reporter qui s’offusque de cette prise d’images illégale.

Ces scènes d’intimidation et de mise à l’écart sont hélas devenues l’ordinaire des journalistes et des observateurs associatifs qui tentent de rendre compte de l’action des pouvoirs publics locaux dans le Calaisis. Interdits à cinq reprises, fin décembre, d’accéder à la zone où se déroulait une évacuation de migrants, Louis Witter et Simon Hamy, deux journalistes indépendants, l’un photographe, l’autre reporter, avaient intenté une procédure de référé-liberté auprès du tribunal administratif de Lille, puis du Conseil d’État. En vain. Le Ministère public a osé arguer que filmer des expulsions « allait à l’encontre de la dignité des migrants ». Alors qu’en contournant les cordons de police, Louis Witter avait pu surprendre des employés d’une entreprise prestataire, armés de couteaux et visage cagoulé, découper les tentes occupées par des migrants quelques instants plus tôt, par « 3 °C dehors ». Largement diffusés, ces clichés avaient scandalisé à raison.

L’établissement de ces « périmètres de sécurité », dont la France prétend dans une réponse au Conseil de l’Europe qu’ils sont établis « pour la sécurité des forces de sécurité présentes et de celle des personnes cherchant à s’introduire sur le site », constitue bel et bien une atteinte à la liberté d’informer, sans laquelle il n’est pas de démocratie véritable.


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