La question salariale dans l’éducation soumise aux instrumentalisations et aux fake news

Francis Daspe s'élève contre les basses manœuvres politiciennes orchestrées autour d'un récent rapport de la Cour des comptes pour repousser la nécessaire revalorisation du point d'indice des professeurs.

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Le récent rapport produit par la Cour des comptes concernant les absences des professeurs dans le secondaire confirme, si besoin était, que la place du hasard est réduite en période pré-électorale. Plus encore que sa sortie fort opportune pour ceux dont les intentions s’inscrivent dans la logique du prof bashing, c’est son instrumentalisation éhontée qui interroge, tant quelques-uns des éléments ont été sciemment occultés, tandis que d’autres étaient notoirement tordus pour mieux faciliter une besogne peu reluisante.

Pourtant, de manière factuelle, ce rapport pourrait être de nature à invalider la tendance au prof bashing. C’est ainsi par exemple qu’il est indiqué que les deux tiers de ces absences sont liées à des obligations de service. Clairement, cela signifie que le professeur se trouve en formation ou en réunion pédagogique, qu’il est convoqué à un jury d'examen ou à participer à une commission interne à l’établissement, ou encore que son établissement est fermé en raison de la tenue d'épreuves du baccalauréat ou du brevet, quand il ne s’agit pas d’exercer tout simplement ses droits sociaux et syndicaux les plus élémentaires. Bref, le professeur travaille, mais en dehors de sa classe. Par ailleurs, il est indiqué que la proportion d’enseignants absents pour cause de maladie sur une journée donnée est inférieure à celle des salariés du privé et des autres ministères. Voici une mise au point bienvenue, à rebours des idées reçues, et surtout complaisamment véhiculées.

Le subterfuge des absences

Pourtant, et comme hélas prévisible, ces données chiffrées incontestables n’ont pas rencontré un grand écho. Elles ont été délibérément écartées. Et ce à dessein, pour de sombres visées. Pour mieux comprendre la situation, il est nécessaire de se référer au contexte immédiat. Au delà de la période de pré-campagne présidentielle, le contexte se caractérise par une prise de conscience d’une majorité croissante de la population que les professeurs français sont mal payés, avec en outre une tendance à une constante dégradation de leurs conditions salariales. Ce renversement dans la perception au sein de l’opinion populaire est particulièrement gênant pour l’application de politiques d’austérité qui ont puissamment déstabilisé le service public d’éducation.

Le subterfuge s’est appuyé sur un mensonge relevant de la fake news. La rengaine du coût faramineux des absences des professeurs a été conviée en renfort d’une démonstration qui n’était en réalité qu’une vulgaire affirmation (gratuite, celle-ci). Ces absences de courte durée coûteraient à la collectivité quatre milliards d'euros, autrement dit un pognon de dingue pour reprendre une expression jupitérienne méprisante. C’est davantage qu’un simple abus de langage, car ces absences n’engendrent pas, sauf à de rares exceptions près, de dépenses supplémentaires que celles incluses dans le budget de l’éducation nationale et dans les moyens alloués annuellement aux établissements scolaires. Les calculs effectués sont véritablement ubuesques. Quand les absences résultent d’obligations de services, comment peut-on décemment décompter les salaires de personnes qui en réalité travaillent autrement ? Ou quand il s’agit de l’application de droits sociaux de salariés en possédant comme toute autre personne présente dans le monde du travail ? Car le vrai préjudice subi dans cette affaire est celui des élèves privés de cours. En cette circonstance la responsabilité en incombe principalement à la puissance publique, incarnée par les différents gouvernements ayant fait le choix mortifère de l’austérité au motif que l’éducation serait un coût insupportable, ce qui s’est traduit par d’innombrables suppressions de postes d’enseignants.

Il s’agit bien d’un contrefeu savamment allumé pour mettre sous le boisseau la question salariale du corps enseignant. Pourtant la réalité est implacable et entêtante : les chiffres avancés ne sont pas contestés par qui que soit de sérieux. Les professeurs ont perdu au cours des dernières décennies plus de 20% de pouvoir d’achat, hypothèse basse. Il y a quarante ans, un professeur en début de carrière gagnait deux fois le salaire minimum ; aujourd’hui sa première rémunération atteint à peine 1,2 fois ce salaire minimum.

Pour un rattrapage immédiat

La question salariale des enseignants ne saurait être victime de basses manœuvres politiciennes visant à la remiser aux calendes grecques. Elle passe par une nette revalorisation du point d’indice afin de procéder au rattrapage immédiat des conséquences du gel du point d’indice. Rappelons que le gel du point d’indice a constitué une politique commune à la droite sarkozyste, au gouvernement prétendument socialiste hollandiste (dont certains des soutiens fidèles parlent aujourd’hui de doubler le salaire des profs) et à l’actuelle majorité macroniste. Il est vrai que Jean-Michel Blanquer œuvrait déjà au ministère de l’éducation sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, que le ministre de l’économie de François Hollande s’appelait Emmanuel Macron. Il faudra également se défier des fausses bonnes solutions qui vont proliférer dans le seul but de diluer le fond du problème : primes au mérite (ou pas), rémunérations complémentaires pour des missions hors statuts ou hors champ pédagogique, recours aux heures supplémentaires. Car toutes celles-ci se traduiront par moins d’humain au contact des élèves dans les établissements scolaires, et donc moins de possibilités de pourvoir aux absences des enseignants…


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