LR : À droite toute !

Vainqueur de la primaire LR, Valérie Pécresse défend un projet d’« ordre », autoritaire et ultralibéral pour tenter de se frayer un chemin entre l’extrême droite et Macron.

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La campagne présidentielle démarre vraiment, maintenant. Le paysage politique est planté. Le congrès de désignation du candidat du parti Les Républicains a levé le voile sur la dernière inconnue qui subsistait. C’est Valérie Pécresse qui sera sa candidate, la présidente de la région Ile-de-France, qui n’était pas la favorite, ayant triomphé de tous ses concurrents. « La droite républicaine est de retour », a-t-elle aussitôt clamé. La droite, oui. Mais quelle droite ?

Si l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy l’a emporté le 4 décembre avec 61 % face à Éric Ciotti, qui l’avait devancé d’un cheveu au premier tour (25,6 % contre 25 %), ce scrutin a donné l’image d’un parti éclaté, quatre des cinq candidats se tenant dans un mouchoir de poche, Michel Barnier et Xavier Bertrand ayant respectivement recueilli 23,4 % et 22,4 % des suffrages. Ce mode de désignation, où la base militante influencée par le discours zemmourien est plus radicale que ses élus, a conduit les différents prétendants à multiplier les propositions démagogiques, souvent contraires à la Constitution et aux engagements de la France, comme on a pu le voir lors des quatre débats télévisés.

Pour l’emporter, Valérie Pécresse, qui avait quitté en 2019 Les Républicains et créé son mouvement (Libres !), en dénonçant la « droitisation » de son dirigeant Laurent Wauquiez, notamment sur les « questions identitaires », a fortement droitisé son discours. On l’a ainsi vue critiquer fortement le projet de moratoire sur l’immigration de Michel Barnier, lors du débat du 21 novembre, car « ce n’est pas l’immigration zéro ».

Porteuse d’un projet d’« ordre » pour « relever la France », son premier acte de présidente serait de « présenter au Parlement deux lois constitutionnelles pour stopper l’immigration incontrôlée et pour assurer la sécurité de tous les Français ». Déterminée à durcir le regroupement familial, à conditionner les prestations sociales à « cinq ans de résidence régulière », à « cesser le droit du sol automatique, y compris en métropole », à mettre fin aux visas pour les pays qui ne reprendraient pas leurs ressortissants expulsés, elle annonce une « intensification » des charters.

Son premier acte de présidente : « stopper l’immigration pour assurer la sécurité. »

Sur le volet sécuritaire, elle promet, entre autres, « 5 milliards » d’euros pour équiper les forces de l’ordre, un armement des polices municipales, la construction de 20 000 places prison, des jugements accélérés – « moins de six mois » pour les délits du quotidien –, et l’établissement de la majorité pénale à 16 ans, mesure régressive s’il en est. Elle réclame enfin un doublement des peines pour des délits commis « dans les quartiers de reconquête républicaine ». Cette dernière proposition, contraire au principe d’unité de la République, est aussi contraire à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, incluse dans notre bloc de constitutionnalité, notamment son article 6 qui proclame que « la loi […] doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse ».

Ce n’est pas encore assez pour Éric Ciotti. Fort des 39 % recueillis sur son programme proche de l’extrême droite, le député des Alpes-Maritimes a reproché dimanche à Valérie Pécresse de ne pas envoyer un « bon message » aux électeurs. En cause : l’entretien sur TF1 de la veille, où la candidate refusait de reprendre certaines de ses propositions, comme la création d’un « Guantanamo à la française ». « J’entends que mes idées soient représentées avec force » dans la campagne à venir, a-t-il déclaré. Lundi, dans le fief de Ciotti, avec qui elle était venue s’expliquer, Valérie Pécresse lui promettait une « place singulière ». Et n’excluait pas de « pimenter » son projet « par un certain nombre de suggestions, notamment sur la transmission des patrimoines » – Ciotti veut une exonération totale des successions et une baisse massive de l’impôt sur le revenu –, un projet dont le volet économique est déjà très fourni en mesures ultralibérales : baisse des cotisations sociales, recul du départ en retraite à 65 ans, dégressivité accrue des allocations-chômage, fin des 35 heures, suppression de 150 000 fonctionnaires…

À son discours identitaire et sécuritaire, la candidate qui se réclame de Merkel et Thatcher, ajoute une régression sociale d’ampleur.


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