Politis par celles et ceux qui le font

Notre journal est aussi une somme de parcours et d'expériences personnels.

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© Politis

J’ai acheté le numéro 1 de Politis, le 21 janvier 1988. J’avais 24 ans. Politis est alors devenu mon journal. Quand il m’a fallu faire du journalisme, je n’ai pas eu à hésiter pour savoir où m’y engager. Ma première pige, qui était aussi la première de mon parcours professionnel, a paru en juillet 1990. Le début d’une longue histoire. Bref, Politis et moi, nous ne nous sommes jamais quittés.

Christophe Kantcheff Rédacteur en chef adjoint


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Je suis entrée à Politis à 24 ans, au numéro 112. J’en ai 55 et je prépare le numéro 1683. Où ont filé toutes ces années ? Vaste mystère. J’ai connu le loft battu par les vents de la rue Villiers-de-l’Isle-Adam à Paris XXe (et son annexe Chez Nicole, rade popu disparu), le HLM de Montreuil (Seine-Saint-Denis) où l’on partageait des poulets rôtis et des céleris rémoulade sur la vaste terrasse, puis la maisonnette sur cour du XIe arrondissement – un ancien atelier de verrier, je crois – un brin biscornue avec ses escaliers et ses mezzanines (cuisson à l’étouffée l’été, bouillotte cousue par Isabelle l’hiver). Fraîche émoulue de mes études et de quelques stages, j’arrivais dans « mon » journal (je l’aimais avant d’y postuler) avec une conscience de gauche plus intuitive qu’étayée, qui s’est nourrie au fil du temps de la culture des « anciens » et des combats successifs. Jamais je n’ai douté, en 1 571 numéros, d’être pleinement dans ma famille. Une famille de pensée comme au sens affectif du terme.

Marie-Édith Alouf Secrétaire de rédaction


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J’ai débarqué à Politis pour la première fois en 2009, en stage. J’avais 19 ans, aucune expérience du métier et autant de timidité que de bonne volonté. Première mission ? Écrire une analyse du changement de mode de scrutin lors de la prochaine élection des conseillers territoriaux. Mon tout premier article… Ils n’ont pas froid aux yeux, à Politis. Et me voilà dans les pattes de Michel Soudais, dont l’humour pince-sans-rire me dépassait franchement à l’époque, à tenter laborieusement d’aligner quelques phrases point trop honteuses. Six semaines plus tard, j’avais passé des coups de fil à des députés européens et à des chroniqueurs israéliens, sous la supervision attentive des journalistes de la rédaction. Mais ce n’est qu’en 2011, quand je suis revenue – à peine plus aguerrie – en tant qu’apprentie que ma formation a véritablement commencé. Et ce que l’équipe de Politis m’a appris, de la rigueur, des rochers à retourner, du flux constant de l’actualité à démêler et des deadlines à respecter, forme toujours la base de mon métier. À vous tous de la rédaction, je sais ce que je vous dois. Tout comme je sais que ce journal doit continuer d’exister.

Lena Bjurström Journaliste indépendante, membre du collectif Focus


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Pour mes 50 ans, j’ai voulu me faire un cadeau : quitter Politis. Pas de lassitude, après une douzaine d’années de loyaux services, mais pour honorer le principe du bougisme. Changer, c’est grandir. Mais pour aller écrire où ? Aucun autre média ne me mettait en appétit. Surplombant toute autre attirance, il y avait l’indépendance. Et donc Politis. Certes, c’est un peu flippant de s’entendre susurrer intérieurement qu’on a fini par trouver ses charentaises. Mais bon, foin de mots croisés au coin du feu, c’est toutes les semaines Politis-ma-bataille ici. Pour résister aux vents térébrants de l’époque, ne pas lâcher l’espoir qu’un jour la vraie gauche, notre planète, la justice… À l’occasion du numéro 1500 (1500 !) de Politis, j’évoquais l’immense élan qui a sauvé ce journal en 2006, et mes frissons d’émotion « du genre uniques dans une vie » : je n’imaginais pas bénéficier d’une injection de rappel. Car vous voilà encore et toujours fidèles aux canots de sauvetage, lectrices, lecteurs, bien plus vastes que nous, en passe de démontrer au grand jour que l’annonce de notre mort va rester une fausse nouvelle. Merci pour le cadeau.

Patrick Piro Journaliste


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Cela fait dix ans que j’organise des campagnes de dons pour des associations. Je pensais raisonnablement détenir un petit bagage dans le domaine, avec à l’intérieur, soigneusement rangées, quelques méthodes éprouvées et une poignée de règles élémentaires. Depuis trois semaines, je vis un moment copernicien : VOUS avez littéralement renversé toutes mes certitudes. J’en viens à me demander l’intérêt pour le journal de conserver quelqu’un qui passe des heures à observer des courbes sur son écran, les yeux exorbités d’incompréhension, le teint pâle, cliquant inutilement et avec fébrilité sur cette image qu’il ne comprend pas. Puis qui erre ensuite dans les couloirs, une tasse de café froid dans les mains, en murmurant « ce n’est pas croyable… 280 000 euros en si peu de temps… il doit y avoir une erreur… oui certainement, une erreur… autrement non, ce n’est pas croyable… »

Nicolas Camier Chargé de développement


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Je garde un souvenir sucré de mon année à Politis. Chaque lundi, en sortant de la conf de rédac avec l’esprit en surchauffe, on se retrouvait un étage plus bas pour le café. Le fil des discussions reprenait autour du cadeau hebdomadaire de Marie-Édith, un gâteau providentiel. Du genre difficile à partager, généreux en chocolat, avec une croûte moelleuse sur le dessus. Passé la première bouchée, la rédac change d’ambiance. La journée paraît moins raide, le bouclage moins rude. Et les idées de sujets se nichent en douceur dans nos caboches. J’ai vite compris deux choses : l’équipe a autant le goût du chocolat que de la réflexion et du débat. De quoi donner de la saveur à son lundi matin.

Roni Gocer Journaliste apprenti à _Politis _en 2020-2021


Je me souviens d’une arrivée avec un statut de stagiaire. À 30 ans alors, cornaqué par Marie-Édith Alouf, fidèle connaissance de la fac, et tandis que je pataugeais dans les dernières pages de ma thèse sorbonnarde en littérature. « Plutôt que de tourner en rond avec ta thèse, pourquoi ne ferais-tu pas un stage à Politis ? » Ça a débuté exactement comme ça. J’ai postulé, attendu mon tour. Après quatre semaines de stage, Denis Sieffert m’a suggéré de rester, d’apporter ma plume au journal. En pigiste. Là où l’on est peu et mal payé, mais régulièrement (ou presque !). D’emblée suis séduit par l’exercice des possibles. Suis amené à rencontrer Henri Cartier-Bresson, Zao Wou-Ki, Théodore Monod, René Dumont ou encore Antoni Tapies et Olivier Roellinger. Franchement, c’est quoi ce métier qui consiste à croiser, deviser, échanger avec des personnalités ? ! Politis ? C’est le moyen de parler de gastronomie à sa manière. De traiter le sport, l’humour et les humoristes, à sa manière, d’écrire sur l’alimentation, de dresser des portraits à sa manière. Une manière jamais commune.

Jean-Claude Renard Journaliste


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Ma première rencontre avec Politis s’est faite en 2008. Je rentrais d’une correspondance de deux ans en territoires palestiniens. Denis Sieffert était directeur de la publication et je me disais que, naturellement, mon parcours au cœur de ce conflit israélo-palestinien qui lui tenait tant à cœur l’intéresserait. Il n’y avait pas de poste vacant. Il m’a proposé un stage. J’ai travaillé ailleurs. Ce n’est que huit ans plus tard que j’ai finalement posé pour la première fois ma patte dans les pages de Politis, en arrivant avec des documents inédits prouvant l’existence d’un plan social déguisé organisé au sein d’Iliad, le groupe de Xavier Niel, qui se targuait alors d’être un patron « social ». On a soulevé le vernis de la com, montré les méthodes de harcèlement, permis à des salariés de faire entendre leur voix, documenté les injustices dont ils étaient victimes. C’est ça, pour moi, Politis.

Nadia Sweeny Journaliste


© Politis

Un avocat fulmine et me hurle dessus au téléphone depuis cinq bonnes minutes. Son client est un marchand de sommeil qui harcèle ses locataires pour les faire déguerpir. Lesquels ont fini par appeler Politis pour rendre public leur calvaire.Jeune stagiaire hésitant, je suis descendu « à la cave », la petite salle de réunion au sous-sol de la rédaction, avec une liste de questions piquantes pour cet homme au verbe haut qui ne supporte pas qu’on puisse donner du crédit à une bande de locataires désargentés. Seul face à ce téléphone éructant, je savoure mon baptême du feu. Que c’est bon, d’emmerder les gens de pouvoir ! Arrivé quelques heures plus tôt, au printemps 2009, j’avais immédiatement compris que j’en sortirais transformé, ébloui par l’esprit de résistance qui habitait la rédaction. Celui qu’on retrouve en partage chez les lectrices et lecteurs, lorsque nos chemins se croisent. Ce sont elles et eux qui décuplent notre motivation et nous donne l’envie de nous réinventer.

Erwan Manac’h Journaliste


Nous pensons tous intensément l’avenir de Politis. Mais on puise dans le passé beaucoup de nos raisons d’espérer. Si j’avais deux grands souvenirs à évoquer, ce serait d’abord, bien sûr, la formidable mobilisation de 2006. Le comédien Philippe Avron, grand ami de notre journal, avait décidé que Politis était un saumon, le poisson qui remonte toujours le courant. Beaucoup de chèques qui nous parvenaient étaient accompagnés de dessins de saumon. Avron avait trouvé une formidable idée de communication. Et l’association Pour Politis a fait du saumon le titre de sa feuille d’information. L’autre grand souvenir, c’est l’appel de Politis, en mai 2008. La gauche était en capilotade. Plus personne ne voulait parler à personne. Notre appel a connu un immense succès. Nous avons concrétisé cela par un rassemblement de huit cents participants dans un amphi de Gennevilliers en présence de toutes les forces politiques de gauche, Jean-Luc Mélenchon compris, puis, en octobre, des états généraux, à Saint-Denis. Les liens étaient recréés. Politis avait rempli sa « mission ». La suite est une autre histoire.

Denis Sieffert Éditorialiste, ancien directeur de Politis


Premier abonnement d’un an en décembre 2010, offert par mon fils, pour Noël. Je n’avais jamais entendu parler de cet hebdo, mais ses valeurs et son indépendance m’ont immédiatement séduit. Quelques mois plus tard j’adhère à l’association Pour Politis, et je participe, en tant que bénévole, à plusieurs événements, manifestations, Fête de L’Huma, le premier salon du livre des lanceurs d’alerte en 2015 (le lendemain des attentats !), etc. En décembre 2014, étant devenu très disponible, je proposais ma candidature à Jean-Claude Blondeau (alors président de Pour Politis) comme coordinateur de l’association. Je suis retenu pour un poste à mi-temps, que du bonheur ! Que de belles rencontres depuis, tant au sein du journal qu’avec les adhérents et les abonnés ! Politis ne doit pas mourir !

Jean Sorin Coordinateur de Pour Politis

Lire aussi > Notre creuset de liberté


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