Lutter contre la précarité énergétique

Un phénomène d’une grande ampleur qui révèle le lien entre la question sociale et les enjeux écologiques.

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La précarité énergétique est devenue une question de plus en plus prégnante dans le débat public, a fortiori dans un contexte de flambée des prix de l’énergie. Le gouvernement a ainsi introduit ces derniers mois plusieurs aides d’urgence : blocage du prix du gaz puis de l’électricité, distribution d’une indemnité inflation de 100 euros, revalorisation du chèque énergie de 100 euros pour les ménages les plus pauvres.

Ces mesures parcellaires sont pourtant largement insuffisantes pour lutter contre la précarité énergétique, qui touche, selon l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), près de 12 millions de personnes en France. Ces dernières sont déclarées en situation de précarité énergétique parce qu’elles « éprouvent dans leur logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de leurs besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de leurs ressources ou conditions d’habitat (1) ».

L’indicateur le plus couramment utilisé est le taux d’effort énergétique (TEE) : un ménage est considéré en situation de précarité énergétique lorsqu’il consacre plus de 10 % de ses revenus aux dépenses énergétiques pour son logement. L’ONPE prend en compte également le ressenti d’inconfort du logement (déclarer souffrir du froid), mais il n’identifie pas les comportements de restriction de consommation d’énergie. Quels que soient les indicateurs utilisés, il s’agit d’un phénomène d’une grande ampleur qui révèle le lien entre la question sociale et les enjeux écologiques.

Lutter contre la précarité énergétique implique de s’attaquer non seulement à la pauvreté monétaire, mais aussi aux caractéristiques thermiques des logements ainsi qu’à la fourniture et au coût de l’énergie. Au lieu d’une vraie hausse du pouvoir d’achat, le gouvernement a fait le choix d’aides parcimonieuses, comme le montrent l’absence de coup de pouce au Smic en janvier 2022, la décision de maintenir le gel du point d’indice des fonctionnaires (2), la baisse des allocations-chômage des salariés précaires ou la hausse dérisoire de 0,1 % du RSA en avril 2021.

Concernant le coût de l’énergie, le blocage des tarifs du gaz n’a été mis en œuvre qu’après une augmentation de 57 % des prix entre janvier et octobre 2021. Pour la rénovation énergétique, le constat est le même : les aides au compte-gouttes sont inadaptées, avec un reste à charge trop élevé pour les plus modestes. Elles conduisent à effectuer des travaux limités en lieu et place de rénovations globales performantes.

Pourtant, lutter contre la précarité énergétique permet non seulement de répondre aux enjeux climatiques, de limiter les risques pour la santé, mais aussi de créer des emplois et d’augmenter le pouvoir d’achat.

Par Sabina Issehnane Membre des Économistes atterrés.

(1) Définition de la précarité énergétique selon la loi du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement.

(2) Le point d’indice des fonctionnaires est gelé depuis 2010, exceptions faites de deux hausses de 0,6 % en 2016 et 2017.


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