Macron rattrapé par la Corse

Avec l’étincelle Colonna, c’est maintenant un feu nationaliste qui se déploie à nouveau en Corse.

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On doit brûler des cierges, à Paris, en priant pour qu’Yvan Colonna, dans le coma, survive à la tentative d’assassinat dont il a été victime le 2 mars à la prison d’Arles. Cynique paradoxe : ça n’aurait probablement pas dérangé grand monde, au gouvernement, que le « berger de Cargèse », condamné à perpétuité pour l’assassinat du préfet Claude Érignac en 1998, décède en captivité. Mais les circonstances de son agression n’ont guère de mal à alimenter, en Corse, l’hypothèse d’une vengeance par négligence de l’État français : dans une prison hypersécurisée, un ancien jihadiste, instable, a étranglé sa victime huit longues minutes, à l’abri des regards, au prétexte d’un blasphème.

Dimanche dernier, les manifestations de soutien au détenu corse, régulières depuis cette date, ont dégénéré en émeutes à Bastia, où près de 10 000 personnes étaient rassemblées à l’appel d’organisations nationalistes, de syndicats et de jeunes : 67 blessés, dont 44 dans les rangs des forces de l’ordre.

L’étincelle Colonna. Car c’est maintenant un feu nationaliste qui se déploie à nouveau en Corse. Emmanuel Macron a réagi avec la précipitation du fautif. Colonna, mais aussi Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, reconnus complices dans l’assassinat d’Érignac, ont vu hâtivement levé leur statut de « détenu particulièrement signalé » qui interdisait une mesure de « rapprochement » – une incarcération à Borgo, en Corse, que leurs avocats réclament de longue date. Et Darmanin a été dépêché dare-dare sur l’île pour discuter avec les élus, car « leurs demandes sur l’avenir institutionnel, économique, social ou culturel ont été entendues ».

La réalité, c’est que Macron a laissé traîner le dossier pendant cinq ans, et jusqu’à l’exaspération d’une partie des Corses, selon cette tradition jacobine française qui flaire en tout régionalisme un séparatisme en devenir. Aux élections territoriales de 2021, les nationalistes ont rallié 68 % des votes, contre 56 % en 2017. Gilles Simeoni, à la tête de l’exécutif local, peut avoir la rage : autonomiste modéré, il n’a eu de cesse de réclamer que l’État considère les aspirations du peuple corse (plus de liberté fiscale, co-usage de la langue corse dans l’administration, etc.). Un interlocuteur de choix pour Paris, qui l’a méprisé. Résultat, c’est la rue qui dicte désormais l’agenda. Et dans cette éruption nouvelle, ce sont des jeunes qui sont en première ligne, reprenant à leur compte le récit des vieilles troupes indépendantistes dans la quête d’une reconnaissance pleine et entière de l’identité corse, elles et eux qui n’ont connu Colonna et les nuits bleues du Front de libération nationale corse (FLNC) que par ouï-dire.


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