Présidentielle : des programmes insuffisants en matière de climat

Si certains candidats, comme Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, proposent une approche cohérente qui s’inscrit dans les objectifs de l’accord de Paris sur le climat, la plupart portent des mesures parcellaires, voire contraires aux impératifs de la transition écologique.

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Atteindre la neutralité carbone dès 2050, diviser par six les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, limiter le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Des objectifs qui impliquent des changements structurels dans les secteurs des transports, du bâtiment, de l’agriculture, de l’industrie ou de l’énergie. Encore faudrait-il que le climat soit l’une des préoccupations du futur président de la République.

Or les programmes des candidats se révèlent insuffisants. D’après une analyse réalisée par les Shifters, association de bénévoles qui accompagne le groupe de réflexion The Shift Project, aucun ne répond pleinement aux objectifs de l’accord de Paris. « De manière générale, les projets politiques ne sont pas encore au niveau et les risques systémiques liés aux enjeux énergie climat ne sont pas encore assez présents, relève Héloïse Lesimple, chargée de mission pour le Shift Project. Il reste énormément de trous dans la raquette. »

Même conclusion pour Nicolas Haeringer, membre d’Attac: « La question du climat implique un changement radical du système, des mesures qui s’attaqueraient au productivisme, à l’extractivisme, à l’agriculture industrielle, à la surproduction et la surconsommation de viande, ainsi qu’aux enjeux de justice sociale. Le nombre de candidats qui portent des propositions à la hauteur de ces enjeux se réduit à la portion congrue. »

Deux candidats sortent néanmoins du lot : Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot. D’autres, à l’extrême droite, affichent au contraire des ambitions qui vont à l’encontre de l’impératif de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le climat, bien souvent à la marge

Contrairement aux autres candidats, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon proposent une approche planifiée de la transition écologique, qui s’accompagne d’une gouvernance mobilisant à la fois l’État, les collectivités, les entreprises et les citoyens. Ils couvrent la totalité des secteurs inscrits dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC), feuille de route de la France pour lutter contre le changement climatique adoptée en 2015 et révisée en 2018-2019.

Le candidat écologiste va plus loin que ce qu’exige la SNBC, lorsqu’il fixe un objectif de réduction de 65 % des émissions importées à horizon 2050, par rapport à 2005. Celui de La France insoumise est quant à lui l’un des rares à s’intéresser à la consommation carnée et à proposer de sortir de l’élevage industriel. Si leurs programmes comportent quelques angles morts, ils restent bien supérieurs à ceux des autres candidats en matière de décarbonation et de transition écologique.

Pour les autres, la réduction des émissions de gaz à effet de serre demeure un enjeu limité. Les mesures proposées restent parcellaires, la question de l’emploi et de l’accompagnement des secteurs en mutation est bien souvent absente, l’effort budgétaire proposé se révèle largement insuffisant. Héloïse Lesimple a piloté une autre étude du Shift Project basée, cette fois-ci, sur des lettres envoyées par les candidats dans lesquelles ils détaillent leur projet pour mettre en œuvre, concrètement, la sortie des énergies fossiles. Deux candidats ne se sont pas pliés à l’exercice : Emmanuel Macron et Jean Lassalle. « L’équipe du président de la République nous avait promis une lettre, elle est apparemment restée coincée dans le circuit de validation et nous ne l’avons jamais reçue. De la même manière qu’il ne souhaite pas débattre au premier tour, il y a certainement, de sa part, une volonté de ne pas jouer le jeu de la comparaison. » Dans les lettres envoyées par les autres candidats, Héloïse Lesimple constate que « deux éléments manquent à chaque fois : l’éducation au climat chez les étudiants et les élèves du secondaire et les problèmes d’approvisionnement en matières premières ».

Des mesures contraires aux impératifs climatiques

À l’extrême droite, les candidats avancent même des propositions contraires aux objectifs de l’accord de Paris. Marine Le Pen, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan argumentent ainsi en faveur du maintien de la place de la voiture individuelle, que ce soit en proposant la gratuité des péages, une réduction de la fiscalité sur les carburants ou encore le remboursement de la moitié des frais de carburant par les employeurs pour les trajets domicile-travail. La candidate du Rassemblement national propose également de mettre fin aux projets éoliens et de baisser la TVA sur toutes les énergies, y compris les énergies fossiles, tandis que le candidat de Debout la France souhaite diviser par deux le prix des billets d’avion entre l’outre-mer et l’Hexagone.

La fédération du Réseau action climat a elle aussi effectué une analyse des programmes des candidats à l’élection présidentielle. Elle en arrive aux mêmes conclusions que le Shift Project : Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot sont les seuls candidats à apporter un projet cohérent en matière de climat. « Le Shift Project n’est pas connu pour être anti-nucléaire, nous arrivons pourtant au même résultat, constate Anne Bringault, coordinatrice des programmes au Réseau action climat. Ce qui conforte l’idée que la production d’électricité n’est pas un enjeu central pour la décarbonation, puisqu’elle est responsable de moins de 5 % des émissions de gaz à effet de serre. » Selon le Haut Conseil pour le climat, le secteur des transports représente 31 % des émissions françaises, celui du bâtiment 17 %, tandis que l’agriculture et l’industrie comptent, chacune, pour 19 % des émissions de gaz à effet de serre.


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