Réformer les retraites : un choix politique

La moitié des personnes à la veille de prendre leur retraite ne sont déjà plus en emploi.

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Les retraites sont entrées en campagne électorale. On pourrait au premier abord s’en réjouir car, en parallèle des conséquences de la guerre en Ukraine sur les prix de l’énergie, cela permet de recentrer le débat sur la question du pouvoir d’achat et non sur la sécurité ou l’immigration. Cependant, alors que le Conseil d’orientation des retraites souligne que les dépenses liées aux pensions sont maîtrisées, le candidat Emmanuel Macron annonce abandonner sa réforme universelle par points au profit d’une nouvelle réforme paramétrique, en repoussant l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans.

Cette réforme va donc pénaliser les catégories sociales les moins favorisées, qui ont commencé à travailler plus tôt, tandis que les cadres et les professions intellectuelles, ayant démarré leur activité plus tardivement, finiront de toute manière à cet âge afin de cotiser les quarante-trois années requises pour bénéficier d’une retraite à taux plein. C’est oublier qu’un quart des hommes, parmi les 5 % les plus pauvres, sont déjà décédés à 62 ans. Cette part est cinq fois plus importante que chez les 5 % les plus riches. L’écart d’espérance de vie à la naissance entre ces deux groupes aux extrêmes de l’échelle des revenus est de treize ans.

De nombreux facteurs peuvent expliquer cet écart : non-recours aux soins pour des raisons financières, plus grande exposition aux risques professionnels (accidents du travail, maladies professionnelles, exposition à des substances toxiques), mauvaise santé… À chaque réforme, les différents gouvernements ont mis en avant la prise en compte de la pénibilité du travail en contrepartie d’un report de l’âge légal ou d’une augmentation de la durée de cotisation, mais, à chaque fois, celle-ci s’est soldée par un échec.

Le report de l’âge légal de départ à la retraite est justifié comme une incitation à travailler plus longtemps et donc à cotiser plus longtemps, comme si le comportement des individus n’était déterminé que par le seul facteur monétaire. Or la réalité montre que, même si les individus désiraient travailler plus longtemps, ils ne le pourraient tout simplement pas. Il faut, pour cela, regarder la différence entre l’âge de cessation d’activité professionnelle et celui de liquidation des droits à la retraite : ils ne coïncident pas. Même si les différentes réformes ont conduit à liquider sa retraite plus tardivement (62 ans en moyenne), la moitié des personnes à la veille de toucher leur première pension de retraite ne sont déjà plus en emploi (chômage, maladie, handicap, etc.). C’est donc un transfert de la prise en charge du risque vieillesse qui s’opère vers les autres risques (chômage, pauvreté, invalidité, etc.).

À l’heure où les études confirment la baisse du montant de la pension moyenne des retraités en valeur réelle, le candidat Macron, à l’instar de Valérie Pécresse ou d’Éric Zemmour, ne peut se prévaloir de la nécessité économique pour proposer une réforme injuste, mais opère un choix politique : celui de l’appauvrissement des retraités et de l’augmentation des inégalités.

Par Sabina Issehnane Membre des Économistes atterrés


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