Dossier : Le moment de la gauche

Une victoire en trompe-l’œil

Le triomphalisme des soutiens du président réélu n’a pas de raison d’être, si ce n’est d’imposer l’idée que les législatives ne permettront pas à la gauche de limiter son pouvoir.

Faut-il le rappeler ? La lecture du résultat d’une élection est en soi un enjeu politique. Après les 58,55 % obtenus par leur candidat, dimanche, face à Marine Le Pen, il n’est donc pas surprenant d’entendre les porte-parole et soutiens d’Emmanuel Macron vanter sa « très large majorité » et son « score historique ». « Sans appel », renchérit Aurore Bergé. Et la députée des Yvelines d’ajouter qu’« il a réussi ce que personne ne pensait possible », parvenir à se faire réélire en gagnant « un million de voix dès le premier tour », signe d’« un choix d’adhésion ». Et, selon elle, « la campagne d’entre-deux tours a aussi réussi à convaincre ceux qui pouvaient hésiter ». C’est effacer un peu vite les 42 à 47 % de ses électeurs (1) qui ont mis dans l’urne au second tour un bulletin Macron uniquement pour contrer Marine Le Pen.

L’exploit célébré n’a toutefois rien d’éclatant. L’insistance aussi unanime que maladroite avec laquelle tous les macroniens s’appliquaient lundi, sur toutes les antennes, à contester l’affirmation de Jean-Luc Mélenchon selon laquelle leur champion est « le président le plus mal élu de la Ve République » tend à prouver que le leader de l’Union populaire a vu juste. « Mensonger et irresponsable », a tonné le sous-ministre aux Affaires européennes, Clément Beaune, pour qui ce serait « faux en nombre de voix, en % des votants comme des inscrits ». Un élément de langage repris sur France 2 par Christophe Castaner, qui a cru intelligent d’indiquer que « le président Mitterrand par deux fois a fait moins bien en nombre de voix et en pourcentage ». En 1988, la France comptait 38 millions d’électeurs, 10 millions de plus en 2022. Faux aussi pour François Bayrou, qui rappelle sur LCI que « le seul précédent d’un président à l’exercice du pouvoir réel réélu l’avait été en 1965 avec 55 % des suffrages exprimés ». De Gaulle était face à François Mitterrand, candidat unique de la gauche, pas en compétition avec la chef de file d’un parti d’extrême droite, dont Jacques Chirac avait écrasé en 2002 le fondateur à 82,2 %, un score réellement sans appel.

Le triomphalisme des soutiens d’Emmanuel Macron n’a pas de raison d’être. Ne leur en déplaise, près de deux Français sur trois n’ont pas voté pour lui ; et avec 38,52 % des inscrits, il est bien le président le plus mal élu après Georges Pompidou en 1969.

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