Élisabeth Borne, parfaitement caricaturale

Madame Borne s’est toujours tenue parfaitement coite quand Monsieur Blanquer tenait ces propos d’extrême droite.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


L e Monde rapporte qu’à peine installé par Emmanuel Macron au ministère de l’Éducation nationale – où il remplace comme on sait Jean-Michel Blanquer –, Pap Ndiaye s’est retrouvé « sous le feu des critiques venues tout droit de l’extrême droite ». Plus précisément : Marine Le Pen et Éric Zemmour « ont estimé » que sa nomination constituait « la preuve d’une volonté d’Emmanuel Macron de “déconstruire” l’histoire de France ». Car Pap Ndiaye « défend l’indigénisme » et « le racialisme », explique la cheffe du Rassemblement national. Et Zemmour de confirmer : « C’est un vrai intellectuel indigéniste, un vrai woke », qui va donc « déconstruire l’histoire de France ».

Fort heureusement, nous dit aussi Le Monde, la nouvelle Première ministre (NPM), Élisabeth Borne, oyant ces vilenies, est immédiatement « montée au créneau pour défendre son ministre de l’Éducation » : drapée dans une irréprochable dignité républicaine, elle a jugé que les propos de Le Pen et Zemmour étaient « parfaitement caricaturaux », et a précisé que cela « ne [l’]étonn[ait] pas » du tout « de la part » de leurs auteur·es. Et tout ça – la réaction de la NPM, et l’empressement du Monde à nous dire à quel point elle s’est montrée ferme et noble dans sa condamnation des vociférations de l’extrême droite – est assurément très beau. Mais cela n’a qu’un lointain rapport avec la réalité.

Car dans la vraie vie, Marine Le Pen et Éric Zemmour, lorsqu’ils tiennent les propos « parfaitement caricaturaux » que dénonce Élisabeth Borne, ne font que mettre leur pas dans ceux du prédécesseur de Pap Ndiaye à l’Éducation nationale. Car dans la vraie vie, c’est bien Jean-Michel Blanquer, lesté du poids que lui conférait son statut de ministre, qui a installé dans le débat public, depuis le sommet de l’État, ses divagations à répétition sur le « wokisme ». Dans la vraie vie, c’est bien Jean-Michel Blanquer – et non Marine Le Pen ou Éric Zemmour – qui soutenait par exemple, en octobre 2021, dans un entretien avec trois journalistes du Monde, que « la France et sa jeunesse » devaient « échapper à l’idéologie woke », dont il suggérait sans rire (1) qu’elle avait « pu amener Donald Trump au pouvoir ». Dans la vraie vie, c’est bien Jean-Michel Blanquer qui a, autre exemple, honoré de sa présence, à la Sorbonne, au mois de janvier dernier, un colloque réactionnaire dont les organisateurs s’étaient donné pour objectif de « déconstruire la déconstruction » à grand renfort de vitupérations, là aussi, contre l’« indigénisme » le « racialisme » et le « wokisme ».

Et dans la vraie vie : Madame Borne, qui siégeait dans le même gouvernement que lui, s’est toujours tenue parfaitement coite, quand Monsieur Blanquer tenait ces propos dont elle soutient désormais qu’ils sont « parfaitement caricaturaux », et clairement d’extrême droite. De sorte que, lorsqu’elle promet, dans Le Journal du dimanche, de ne « jamais mentir aux Français » : on serait presque tenté de lui demander aussi de ne plus les prendre pour des imbéciles.

(1) Et sans être le moins du monde rappelé à un minimum de décence par ses trois intervieweuses.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.