Pétainisme transcendantal

Des juges font valoir que Pétain n’a pas été poursuivi en juillet 1945 pour des crimes définis en août 1945.

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D’aucun·es prétendent, me dit-on, que la justice française n’est pas exactement la corporation la moins conservatrice – certains disent même réactionnaire – de notre cher et vieux pays-des-Lumières-et-des-Droits-de-l’Homme. C’est, en vérité, très exagéré, car il arrive que cette vénérable institution fasse preuve d’une certaine souplesse. Voire d’une empathie admirable.

Prenons le cas, au hasard, de l’agitateur d’extrême droite Éric Zemmour, plusieurs fois condamné pour provocation à la haine raciale ou religieuse, et propagateur fanatique de la fantasmagorie complotiste et raciste du « grand remplacement » – dont se réclame également le terroriste néonazi qui vient d’assassiner dix personnes à Buffalo, état de New York, États-Unis.

Poursuivi – aussi – pour contestation de crime contre l’humanité après qu’il avait soutenu sur CNews (groupe Bolloré) que le maréchal Pétain avait « sauvé les juifs français », Zemmour avait été une première fois relaxé en première instance, le 4 février 2021, par le tribunal de Paris. Ses juges avaient, certes, constaté que ses propos contenaient « la négation de la participation [de Pétain]à la politique d’extermination des juifs menée par le régime nazi (1) ». Mais ils avaient aussitôt estimé qu’il convenait de replacer ces propos « dans un contexte » et de concéder à ce « professionnel […] rompu à l’exercice de ce genre d’émission » qu’il les avait tenus « à brûle-pourpoint à l’occasion d’un débat », dans des circonstances témoignant, selon ces magistrats, « de son absence de volonté de s’inscrire dans une minoration outrancière du crime contre l’humanité que représente le génocide juif ».

Et ce premier jugement était, déjà, une excellente nouvelle pour les négationnistes – car qui, parmi cette engeance, ne battrait pas des mains à l’annonce que l’essentiel n’est pas de s’interdire toute « minoration »
de la Shoah, mais de veiller plutôt à ce qu’elle ne soit pas « outrancière » ? (Une immondice « à brûle-pourpoint » dans le feu d’une discussion, d’accord – mais n’en abuse pas, chenapan, ou on sera vraiment obligés de te réprimander.)

Mais voilà que, en appel, d’autres magistrats, non moins charitables, viennent de confirmer cette relaxe – au motif, cette fois-ci, tout aussi conciliant, que Pétain, dont le procès s’est tenu à Paris au mois de juillet 1945, n’avait « pas été poursuivi » par la justice française « pour un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par [le] statut du tribunal militaire international » chargé de poursuivre les criminels nazis et leurs complices. Statut qui, daté du 8 août 1945, est donc entré en vigueur… après le procès de Pétain.

Zemmour, extatique et reconnaissant, a aussitôt twitté : « La justice française a tranché aujourd’hui. Ceux qui me traitent de pétainiste ont moralement, historiquement et désormais juridiquement tort. Une bonne chose de faite, au moment de me lancer dans une belle campagne. » Merci qui ?

(1) Le Monde, 4 février 2021.


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