Le blé comme arme de guerre

Dernière trouvaille de Poutine dans cette sale guerre : piller le blé ukrainien.

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Quand on n’a guère d’appétence pour la guerre et ses subtilités – le cas d’une écrasante majorité –, on se surprend d’apprendre qu’il existe des « règles » plus ou moins communément admises pour la faire. En quelque sorte l’art et la manière de proprement tuer, faire souffrir, spolier, désespérer. Pour euphémiser, le cadre est souvent dénommé « droit humanitaire international » : on a le « droit » de mener une guerre mais uniquement pour des motifs légitimes, sans viser civil·es ni objectifs civils, en respectant les trêves, en recherchant un retour à l’état de paix, etc.

Autant dire que Poutine n’en a cure. Et d’ailleurs, il n’a pas déclenché « la guerre » mais une « opération militaire spéciale », pour laquelle, par définition, on ne trouve pas trace de cadre de droit. Sa dernière trouvaille : piller le blé ukrainien. Depuis le début de la guerre, plusieurs bateaux chargés de grain sont partis du port de Sébastopol en Crimée, annexée par la Russie en 2014 : le butin de rapines dans les zones de l’est de l’Ukraine contrôlées par l’armée russe, selon des dénonciations de Kyiv qu’accréditent plusieurs recoupements. Une traque satellite a notamment accompagné l’errance d’un de ces vraquiers corsaires cherchant un port où vendre sa cargaison, finalement achevée en Syrie. La Turquie semble tentée.

C’est l’un des versants soudards d’une sous-guerre alimentaire d’ampleur, engagée par Poutine, selon une tactique éprouvée depuis l’aube des guerres sans droit. Quand les assiégeants d’une cité en faisaient le blocus pour empêcher toute nourriture d’y entrer, lui bloque les canaux de sortie du blé ukrainien – les ports de la mer d’Azov et de la mer Noire. Et s’approprie les stocks qui lui tombent sous la main. Dans trois mois, les volumes de blé ukrainien immobilisés dans les silos pourraient atteindre 70 millions de tonnes, alors qu’il faudrait y stocker la nouvelle récolte, même réduite de 40 % cette année en raison de la guerre. Dans des dizaines de pays importateurs, parfois extrêmement dépendants de ces approvisionnements, l’inquiétude monte, tout comme le cours du blé : l’Ukraine est un exportateur majeur de céréales. Tout comme la Russie, qui donne déjà le signe qu’elle choisirait ses clients en fonction de leur bienveillance à son endroit. Alors que le conflit pourrait durer des mois, des années peut-être, Poutine organise un « siège de la faim ». Un casse-tête mondial autrement plus venimeux que le tarissement des exportations d’hydrocarbures russes. En maître cynique chevronné, il assure que la Russie pourrait aider à apaiser les préoccupations concernant cette crise alimentaire à condition que les pays occidentaux (irresponsables, donc) lèvent les sanctions appliquées à son pays depuis qu’il a envahi l’Ukraine.


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