Ni gauche, ni gauche

Ces gens, pour la plupart, préfèrent la droite nationaliste et raciste à la gauche néoréformiste.

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On est là, à s’étouffer d’indignation à chaque fois – c’est-à-dire, ces temps-ci, toutes les vingt secondes, à peu près – qu’un·e représentant·e de la droite gouvernementale ou de sa (pléthorique) presse d’accompagnement nous redit (et redit, et redit) que « les extrêmes », c’est-à-dire la Nupes d’une part et le Rassemblement national (RN) de l’autre, exposent notre exemplaire démocratie policière à un danger mortel – t’es là, tu contemples tranquillement un magnifique lever de soleil sur Notre-Dame de Strasbourg, mais voilà que des blindés russes investissent la place de la Cathédrale, merci Jean-Luc.

Parfois même, on se laisse gagner par un début de sidération, en mode : « Est-ce que ces gens sont réellement en train de renvoyer dos à dos la gauche et l’extrême droite – comme dans une chronique de Françoise Fressoz, du Monde ? »

Et ce faisant, le plus souvent, je suis au regret de te l’annoncer : on se méprend, gravement, sur la réalité de leurs intentions et de leur conviction. Car, dans la réalité, ces gens ne considèrent pas du tout que la gauche néoréformiste est aussi dangereuse que la droite nationaliste et raciste.

Dans la réalité, ces gens, pour la plupart, préfèrent évidemment, et de très loin, la droite nationaliste et raciste à la gauche néoréformiste – et ça devient très voyant lorsque, par exemple, dans la circonscription du Loiret où M. Blanquer, ex-ministre de l’Éducation nationale de M. Macron, a été sèchement disqualifié, le candidat du RN, qui fait la course en tête (1), constate que « quand on lit entre les lignes », ce mauvais perdant lâche surtout ses coups sur son adversaire de la Nupes et « penche » donc plutôt pour lui (2).

Ou, plus nettement encore, quand M. Darmanin, ministre de l’Intérieur de M. Macron et de la démocratie policière ci-dessus évoquée, lance (3) vers l’électorat, au lendemain du premier tour d’élections législatives où le parti lepéniste a réalisé l’un des meilleurs scores de son histoire, cette injonction : « Dimanche prochain, mobilisez-vous contre l’extrême gauche qui veut moins de sécurité et plus d’impôts. » (En cela, du moins, cet auteur d’un récent ouvrage glosant sur « les difficultés liées à la présence de dizaines de milliers de Juifs en France » à l’époque napoléonienne se montre conséquent, puisqu’il avait, on se le rappelle, jugé, avant que d’être reconduit dans ses fonctions par M. Macron, qui semble donc accepter ce diagnostic, que Marine Le Pen était « un peu molle ».)

J’écris ces lignes avant le second tour desdites législatives – mais j’espère du fond du cœur que, quand tu les liras, ces gens auront été remis dans les mêmes poubelles de la République d’où nous les avons sortis pour faire barrage à cette extrême droite qu’ils trouvent si désirable.

(1) Je t’ai déjà parlé de ma passion pour les clichés journalistiques les plus consternants ?

(2)Libération, 14 juin 2022.

(3) Sur Twitter – où il n’a, pour autant qu’on le sache (et sauf erreur ou omission), toujours pas dénoncé la moindre des exactions à répétition perpétrées depuis cinq ans par la droite néonazie.


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