Point d’indice : un dégel en trompe-l’œil

La baisse du salaire réel va provoquer une nouvelle baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée.

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Le nouveau ministre de la Fonction publique se satisfait d’avoir revalorisé le point d’indice de 3,5 %, soit la plus forte hausse depuis quarante ans. Pour apprécier l’ampleur du geste réalisé, il invite à ajouter l’impact des mesures individuelles (les promotions au choix et à l’ancienneté) et catégorielles (concernant les métiers que l’on souhaiterait revaloriser) incluses dans l’enveloppe du glissement-vieillissement-technicité (GVT), cette dernière augmentant de 1,5 %.

Ces hausses de salaire nominal sont malheureusement en trompe-l’œil, car l’inflation évolue actuellement au rythme annuel de 5,8 % (et probablement même de 7 % à la fin de l’année). Elles pérennisent donc la désindexation des salaires sur les prix, en vigueur dans la fonction publique depuis 1983 (le point d’indice n’ayant, depuis le tournant de la rigueur, compensé la hausse des prix qu’à neuf reprises). Même en tenant compte du GVT, le pouvoir d’achat de tous les fonctionnaires va baisser. Les agents non concernés par des mesures individuelles ou catégorielles subiront une perte de 2,3 % de leur pouvoir d’achat. Ceux qui en bénéficient verront leur salaire réel baisser d’au moins 0,8 %. Ces chiffres indiquent par ailleurs aussi qu’aucune mesure catégorielle substantielle, de nature à enrayer la pénurie de personnel dans la santé et l’éducation, n’est véritablement envisagée. Enfin, dans la mesure où la politique salariale du secteur public exerce un effet vitrine sur les négociations annuelles obligatoires de branche et d’entreprise, les annonces faites représentent une très mauvaise nouvelle pour les salariés du secteur privé, où les hausses générales restent inférieures à l’inflation (elles sont en moyenne de 3,6 %). En fixant une hausse du même ordre du point d’indice de la fonction publique (3,5 % hors GVT), le gouvernement vient de définir la nouvelle norme de référence pour les futurs accords de branche et d’entreprise.

Comme conséquence, alors que la productivité croît au rythme de 1 % par an, la baisse du salaire réel va provoquer une nouvelle baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Cette situation est économiquement contre-productive, dès lors que la baisse de la part des salaires réduit la propension à consommer de l’économie, provoquant d’ores et déjà un ralentissement de la croissance et une remontée du chômage. À long terme, l’incitation à investir des entreprises s’amenuisera ; anticipant une demande plus faible, elles réduiront leurs investissements. Certes, le taux de marge (c’est-à-dire la part des profits dans la valeur ajoutée), qui a atteint un pic de 35,8 % fin 2021, s’accroîtra à nouveau. Mais la Bourse se retourne déjà car la masse de profits à distribuer aux actionnaires se réduit avec la baisse de l’activité.

Les conséquences néfastes de l’austérité salariale sont donc loin d’être anodines. Elles pourraient même perdurer avec l’inflation. Celle-ci peut en effet s’installer durablement tant que la guerre se poursuit en Ukraine, tant que la transition énergétique n’est pas achevée, et tant que la relocalisation des chaînes de valeur n’est pas concrétisée.


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