Stalkerwares : Conjointes sous surveillance

L’espionnage numérique n’est pas seulement l’apanage des États ou des géants de l’Internet. Des hommes violents exploitent aussi toute une panoplie de logiciels pour fliquer leur compagne.

Romain Haillard  • 13 juillet 2022 abonné·es
Stalkerwares : Conjointes sous surveillance
© VSC / Science Photo Library via AFP

Ne restez pas sur une intuition. Découvrez la vérité. » La phrase, élevée au rang de mantra, trône fièrement sur le site d’un stalkerware – un logiciel espion à installer sur smartphone. Regarder les avis de consommateurs bidonnés d’un autre site permet de savoir à qui s’adresse ce genre de produit. Des hommes blancs, bien sapés et bien peignés défilent pour vanter les vertus de l’espionnage sans consentement. « Cela pourrait sembler maladroit », débute le commentaire de Tim, avant d’enchaîner sur une histoire rocambolesque où il explique mettre sous surveillance sa femme à la suite d’un comportement inhabituel. Son épouse faisait l’objet d’intimidation en ligne et elle ne pouvait pas le partager avec lui. Quel flair ! Grâce à son logiciel d’espionnage, Tim a pu sauver sa femme, et tout cela sans qu’elle le sache. Tim n’est pas une personne à la moralité douteuse, c’est un protecteur, voire un héros.

Le marketing de ces sites est léché, rassurant, déculpabilisant. Souvent, les mouchards qu’ils proposent se vendent comme des outils de contrôle parental. Après tout, s’il s’agit de protéger ses enfants, rien de grave non ? À condition de trouver légitime de surveiller ses enfants… Il suffit parfois de gratter un peu pour voir s’effriter le vernis. Derrière le sourire et la chemise d’un blanc immaculé du bon père de famille se cache le mari violent. Dans une autre section des commentaires choisis par l’éditeur du site, un homme se félicite d’avoir enfin trouvé l’application pour « contrôler l’appareil de son épouse ». Le site Internet semble même suggérer le mode opératoire : si la solution promet une surveillance « sans qu’ils le sachent », l’éditeur précise qu’il faut un accès physique au téléphone de la cible. Une fois entré dans le téléphone, c’est le Graal. Géolocalisation, geofencing (1), keylogger (2), recherche de mots-clés, accès aux contacts et au journal d’appels… Comptez une cinquantaine d’euros pour un abonnement de trois mois avec l’accès à toutes les fonctionnalités proposées.

Des hommes arrivent à retrouver les lieux où ont été mises à l’abri leurs ex-compagnes.

La disponibilité de ces outils s’accompagne d’une acceptation de la surveillance par une partie non négligeable de la population. Selon une étude menée en septembre 2021 par Sapio Research (3) pour l’entreprise de sécurité informatique Kaspersky, 27 % des

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Société
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