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Publié le 15 mars 2008

Un tract UMP en page 2 du « Monde »

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Dans l'édition du quotidien Le Monde de ce jour (daté du 15 mars), Patrick Jarreau s'inquiète de la possibilité de voir le Parti socialiste diriger, lundi, «un nombre écrasant d'exécutifs locaux» . Dans sa chronique politique, ce rédacteur en chef se demande si l'électeur «mesure» bien «que, après les élections municipales et cantonales, la France des territoires va vivre dans un régime - osons le mot - de parti unique» (sic). Pour oser le ridicule d'une telle outrance, il n'y avait jusqu'ici que Jean-Pierre Elkabbach...

Mais le plus croustillant, si l'on peut dire, est dans le tableau du cauchemar auquel nous condamnerait ce régime de «parti unique»:

«L'administré est cerné par le boboïsme gestionnaire, l'usager est condamné à ne connaître qu'un seul prestataire de services, le contribuable est livré à la voracité fiscale du socialisme municipal, départemental et régional!»

Un tel digest de pensée Umpiste sous la plume d'un chantre de la probité et de la neutralité journalistique laisse pantois, à la veille d'un scrutin embarrassant pour Nicolas Sarkozy. Même Le Figaro n'oserait pas concentrer de façon aussi caricaturale son credo libéral conservateur: la stigmatisation de la gauche bobo - la seule que connaisse le chroniqueur faute d'avoir constaté qu'il existe une vie au-delà du périphérique -, la revendication d'une libéralisation des services publics, et la dénonciation du fiscalisme 1 forcément socialiste.

Une propagande mensongère

Car le dernier point soulevé, qui ne doit vraisemblablement rien au hasard, est précisément l'axe de riposte choisi par François Fillon et Patrick Devedjian, cette semaine, pour tenter désespéremment d'enrayer la perte de nombreuses collectivités locales. Le Premier ministre, à Tarbes mercredi, a accusé le PS d'avoir augmenté en trois ans les impôts dans les régions «de plus de 38%» . Le même jour, le secrétaire général de l'UMP interpellait le PS, dans Le Figaro sur «l'explosion de la fiscalité locale» .

Après ses déménagements successifs, l'ancien quotidien de la rue des Italiens aurait-il décidé de s'installer au 55 rue de la Boétie?

À cette propagande grossière, Michel Sapin, secrétaire national du PS à l'économie et à la Fiscalité a déjà répondu en se référant à Dexia Crédit Local, «le meilleur observateur de la fiscalité locale» . Non seulement «les impôts augmentent autant dans les collectivités de gauche que de droite» mais «la ville où la taxe d'habitation est la plus élevée en valeur est Bordeaux avec 308 euros par habitant, contre 274 à Lille, 270 à Lyon, 269 à Nantes et 91 au Mans où les habitants paient trois fois moins que les Bordelais» . Le PS note encore que «les plus fortes hausses en niveau de prélèvement ont été constatées à Reims (+28,4%) et à Marseille (+32,7%)» 2.

Aucun observateur sérieux n'ignore non plus que l'augmentation des impôts locaux a pour principale origine la loi de décentralisation votée en 2004 par l'UMP et Jean-Pierre Raffarin qui «a transféré de nombreuses charges aux collectivités locales permettant ainsi à l'Etat de se désengager d'un certain nombre d'investissements» . «Les collectivités locales socialistes assurent ainsi des investissements lourds au service de nos concitoyens» , affirme encore Michel Sapin qui cite en exemple Le Mans où «l'Etat n'a pas tenu ses engagements prévus à hauteur de 42 millions d'euros pour le tramway» .

Ce non-respect des engagements de l'Etat est aussi mis en cause par l'Association des régions de France (ARF) qui accuse en outre le gouvernement d'avoir «sciemment fait baisser les ressources
des Régions»
avec «un manque à gagner de 228 millions d'euros» pour la taxe professionnelle en 2006.

Par ailleurs, relève l'ARF, « la base fiscale des régions est si faible que les sommes évoquées» par l'UMP sur les hausses d'impôts «représentent une part infime des impôts des ménages» . Selon l'ARF, «un euro supplémentaire par contribuable
correspond sur sa feuille d'impôt à une augmentation de 1,5% de la fiscalité communale, de 4% de la fiscalité départementale mais de 20% de la fiscalité régionale»
.

Enfin, l'association a raison de rappeler que «toutes les politiques menées par les Régions ont un impact positif sur le pouvoir d'achat des Français : gratuité des manuels scolaires, de la boîte à outils pour les apprentis, bourses pour les étudiants infirmiers ou aide-soignants, réductions des tarifs TER, aides au logement des jeunes» .



  1. Un mot cher à Le Pen. 

  2. À Colombes, exemple déjà cité dans Politis (n°990), Nicole Goueta (UMP) a fait mieux encore à son arrivée à la tête de la commune: en 2002, elle a augmenté les taux de 30%; et en 2006 Le Parisien chiffrait l’augmentation de la fiscalité locale à 37,74 %. Un record en Ile-de-France et dans les Hauts-de-Seine, département dirigé par... Patrick Devedjian. 


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