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Publié le 4 novembre 2008

François Hollande appelle à voter…blanc

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A l'approche du vote sur les motions, François Hollande ressort une bonne grosse ficelle pour tenter de convaincre les militants de voter pour lui, c’est-à-dire pour la motion présentée par Bertrand Delanoë 1 . Lors de l'émission "Dimanche soir politique" France Inter/Le Monde/i-Télé, le patron du PS a demandé aux adhérents du PS de voter pour la motion dont les signataires ont toujours respecté le vote des militants.

### « Le respect du vote militant, c'est essentiel », a déclaré François Hollande, l’air grave et sévère. Parmi « les soutiens des uns et des autres, hormis Delanoë, il y en a qui n'ont pas respecté la discipline » , a-t-il dit, visant implicitement Laurent Fabius (motion Aubry) et, nommément, Manuel Valls (motion Royal). « Pour moi, c'est le critère , a-t-il insisté. Et je le dis aux militants: si vous voulez que la discipline, après le débat, soit la règle collective, [vous devez] être pour une motion dont tous les signataires ont eu ce respect. » Tous ? Le futur ex-patron du PS s’est sans doute avancé un peu vite. Mais avant de le montrer arrêtons-nous un instant sur l’argument massue du député de Corrèze.

Une ritournelle pour éviter de parler politique

En premier lieu pour reconnaître qu'il n’est pas nouveau. Depuis le référendum sur la « constitution » européenne, il n’est pas une réunion de socialistes où l’on n’entende pas au moins un militant invoquer le « respect du vote des militants ». Cette ritournelle, très prisée des partisans de Bertrand Delanoë et de Ségolène Royal, complète presque toujours les appels à « l’unité », au « rassemblement » dont la vertu recherchée est d’étouffer tout débat. Bref, d’éviter que l’on parle politique dans... un parti. Il ne manquerait plus que ça !

Nombre de partisans de Martine Aubry (ceux en provenance de la strauss-kahnie, les piliers des fédérations du Nord et du Pas-de-Calais…) apprécient et connaissent aussi la chanson, mais le ralliement des fabiusiens à la maire de Lille les contraints désormais à se contenter de la fredonner tant il est vrai qu’il ne faut jamais parler de corde dans la maison d’un pendu.

Car quand un responsable socialiste évoque « le respect du vote des militants », ce n’est jamais pour reprocher à Michel Rocard d’avoir déclaré, récemment, qu’il n’était « pas hostile à l’idée d’un bouclier fiscal » et qu’ « il faut réduire l’impôt sur la fortune » 2. Avoir dit sur toutes les chaînes, en 2003, le bien qu’il pensait de la réforme Fillon sur les retraites, quand le congrès de Dijon réclamait le retrait de cette réforme, ne l’a pas empêché d’être bombardé tête de liste aux européennes entre Lyon, Marseille et Nice six mois plus tard. Et maintenant encore, Bertrand Delanoë, candidat « libéral ET socialiste » à la direction du PS, est satisfait de compter parmi les signataires de sa motion un ancien premier ministre qui voit en Nicolas Sarkozy le représentant d’ « une droite réformatrice et intelligente » avec laquelle la « gauche non révolutionnaire » peut trouver « une grande convergence » .

Une «discipline» sélective, très orientée

Jusqu’à ce 2 novembre, « le respect du vote des militants », dont François Hollande pas plus qu’aucun responsable socialiste n’a jamais accablé Bernard Kouchner avant qu’il rallie Sarkozy, ne visait jamais Manuel Valls qui soutient que « le vieux socialisme » n’est pas « de gauche » . C’est ce qui se déduit du titre de son livre, Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche (Robert Laffont) 3. Nul n'a reproché au député-maire d'Evry de se déclarer favorable au travail le dimanche, mais pour être agréable à François Hollande, il n'aurait jamais dû affirmer sur les antennes qu' «il manque des hommes d'Etat aujourd'hui au Parti socialiste» 4. Ce rappel de la discipline ne visait pas même Jack Lang (motion Aubry) qui a bien le droit de voter comme il veut une réforme constitutionnelle refusée par tous ses « camarades »… Je n’allonge pas la liste. Vous l’aurez compris, tenir un discours libéral, voter avec la droite, ne contrevient jamais en rien au « respect des militants ». Pauvres militants.

« Le respect du vote des militants » n’est étonnamment jamais invoqué non plus pour condamner ceux qui se sont alliés au MoDem dans les dernières municipales : François Rebsamen (Dijon), Michel Destot (Grenoble), Hélène Mandroux (Montpellier), René Vandierendonck (Roubaix)… Sans oublier Martine Aubry (Lille), Jean-Noël Guérini (Marseille) et Gérard Collomb (Lyon). Ce dernier a même été soutenu par l’équipe d’Hollande quand, en mai, il a imposé qu’un candidat du MoDem représente le PS dans un cantonale partielle à Lyon. Le refus de toute alliance autre qu’à gauche était pourtant un des points clefs de la synthèse approuvée au congrès du Mans , à la quasi unanimité 5. Il est vrai qu’avant ces entorses locales la candidate socialiste à la présidentielle avait elle-même montré la valeur qu’elle accordait à cette décision de congrès en annonçant entre les deux tours qu’elle nommerait bien volontiers François Bayrou à Matignon.

La manipulation référendaire

Puisqu’il faut parler crûment, ce je-m’en-foutisme était depuis longtemps devenu la règle dans les couloirs de Solferino. Faut-il citer les nombreux projets de réforme fiscale figurant dans les textes de congrès que la direction du PS n’a jamais eu le courage de mettre en œuvre ? Etait-il bien conforme au respect des militants de procéder à une réécriture de la déclaration de principes du PS et à une réforme de ses statuts au mépris des procédures inscrites dans les statuts du PS ? Etait-il respectueux du scrutin de traficoter le résultat des votes sur l’une et sur l’autre ? C’est pourtant, ce à quoi s’est livré François Hollande, pas plus tard qu’en juin dernier. Le Premier secrétaire sortant a d’ailleurs, en la matière, une solide expérience.

L’une de ses plus belles manipulations reste sans conteste le référendum interne sur le traité constitutionnel européen. Celui même qui est invoqué pour fustiger l'indiscipline de ceux qui ont refusé de se prosterner devant «la concurrence libre et non-faussée». Vous croyiez, naïfs lecteurs, que les militants socialistes interrogés par leur direction avaient approuvé à 60% le TCE? Vous n'y êtes pas du tout. Et dans les grosses fédérations (celles qui font les votes), ce n'est pas ce que les missi dominici de François Hollande avaient expliqué aux troupes. «Il faut soutenir le Premier secrétaire sinon le parti va éclater...», leur avaient-ils expliqué. Pour faire bonne mesure, ils leur susurraient qu'il fallait empêcher «l'homme du sang contaminé» de revenir aux commandes...

On m'accusera de refaire l'histoire. Pourtant... François Hollande, lui-même, a récemment levé le voile sur le subterfuge qu'il avait employé alors. C'était à Cergy, le 16 septembre. Le Premier secrétaire, qui officialisait ce soir-là son soutien à Bertrand Delanoë, a remercié dans son discours ceux qui l'avaient soutenu à «chacune [des] consultations militantes» organisées au cours de ses onze années à la tête du PS. Crâneur, il a ajouté: ### «Merci même à ceux qui n'ont pas voté pour moi dans les congrès, dans le référendum...»

Comment expliquer, sinon par ce tour de passe-passe 6, que des militants sincères aient voté «oui» le 1er décembre 2004, au sein du PS, et déposé dans l'urne un bulletin «non» le 29 mai 2005?

Enfin, est-il bien respectueux du vote du Mans de continuer d'ostraciser, comme le fait François Hollande, ceux qui se sont opposés au TCE? La motion finale de ce congrès ne proclame-t-elle pas en première page qu' « au PS, il n’y a pas des socialistes du « oui » et des socialistes du « non », il n’y a que des socialistes » ?

Les indisciplinés sont partout

Il est particulièrement malvenu aujourd'hui de reprocher à ceux qui n'ont jamais varié dans leurs convictions de s'y être tenu. D'ailleurs, ceux qui se pensent plus européens que socialistes ne cachent pas que, confrontés à une consigne du PS contraire à leurs convictions, ils voteraient contre leur parti. C'est que nous déclarait Pierre Moscovici , le 15 octobre, sur Radio Orient, en réponse à une question relative à l'abstention du groupe socialiste sur le plan de sauvetage des banques de Nicolas Sarkozy. Le député du Doubs l'aurait bien voté puisque, selon lui, il s'agissait de «mesures européennes» (ce qui pour lui vaut quitus ). Il a accepté l’ « abstention constructive » décidée en réunion de groupe « par discipline de vote et parce que ce n’était pas un cas de conscience » . Mais, prévient-il, sans qu'on lui demande rien, ### « si on me dit sur les traités européens il faut voter ‘non’ alors que je pense ‘oui’, je vais voter ‘oui’ ».

Il existe donc bien parmi les partisans de Bertrand Delanoë au moins un responsable, et pas le moindre, prêts à s'affranchir du respect des militants. Ce qui ne doit pas choquer le maire de Paris qui déclarait devant le Club Témoins, le 10 novembre 2004: ### «Quand il s'agit d'Europe, je préfère un Européen de droite à un homme de gauche qui ferait reculer l'Europe.» Avec une belle constance, le même, confiait à ses partisans réunis au Théâtre de l'Européen, le 25 juin, qu' *il ne laissera «pas tomber l'Europe au nom du socialisme».

Outre Michel Rocard, Michel Destot, ou François Hollande, déjà cités, on trouve dans la liste des signataires de la motion Delanoë-Hollande quelques beaux exemples d'indisciplines: C’est le cas de Michel Pezet qui, en prenant la tête d’une liste dissidente favorable à une entente avec le MoDem, a plombé la liste de large union de la gauche menée par le socialiste Alexandre Medvedowski à Aix-en-Provence. Celui aussi de Guy Bono, ancien fédéral des Bouches-du-Rhône, qui s’est présenté contre le candidat investi par le PS à Saint-Martin-de-Crau.
Si des militants prenaient au pied de la lettre l'appel de leur cher Premier secrétaire à ne voter que pour une motion dont tous les signataires ont respecté le vote des militants, ils ne pourraient donc pas soutenir celle du maire de Paris. S'ils étaient conséquents, sans doute même devraient-ils voter...blanc.



  1. Le 15 juin, sur Canal plus, le Premier secrétaire du PS avait eu ce mot pour dire qu’il attendait le mois de septembre pour faire part de son choix à Reims : « Je dirai avec qui je suis, ou plus exactement qui est avec moi. »  

  2. Journal du dimanche , 7 septembre. 

  3. Notez que le journaliste qui menait l’entretien de ce pensum, Claude Askolovitch, a été plus conséquent que le député maire d’Evry. Il a quitté cet été le Nouvel Obs pour la direction politique du Journal du dimanche et une chronique sur Europe 1. Croûter dans le groupe Hachette et servir la soupe à Sarkozy, voilà un journalisme « enfin de gauche » ! 

  4. Favorable au plan de sauvetage des banques de Sarkozy, Manuel Valls a fait cette déclaration après que le groupe socialiste à l'Assemblée nationale se soit abstenu. 

  5. A Pau, le 2 novembre 2005, soit quelques jours avant ce congrès, François Hollande avait juré la main sur le cœur que tout projet d'alliance avec le centre était une «invention» : «Nous sommes tous pour le rassemblement de la gauche. Aucun socialiste ne voudrait sceller je ne sais quelle alliance avec un parti de la droite ou du centre.» Il ne devait déjà plus discuter avec sa compagne, ni avec son bras droit dijonnais. 

  6. «Si on aime bien le 1er secrétaire, mieux vaux voter comme lui» (François Hollande, AFP 10 novembre 2004). 


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