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Publié le 15 novembre 2008

Le congrès de Reims (épisode 2)

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Depuis hier soir, Ségolène Royal est officiellement candidate à la direction du parti. Candidate contre le reste du parti. Avec un avantage: ce reste n'a pas encore de candidat commun faute d'homogenéité. Des trois motions qui le composent, le rassemblement constitué autour de Bertrand Delanoë est le plus divisé. D'où ce constat embarassé du maire de Paris, candidat au Prix de la pensée tortueuse: «Nous sommes à un endroit stratégique qui fait que nous avons beaucoup de difficultés à être au centre de la solution.»

10h00. Le défilé des discours reprend. «L'enjeu crucial» est de savoir «si nous adhérons à des idées, un héritage et non à une personne» , risque Laurent Baumel, socialiste très libéral (pro-Aubry) qui oppose un parti constitué de «partisans exaltés d'une personnalité» à un parti de «militants qui préfèrent les débats argumentés aux exercices d'admiration collective» .

10h25 . Martine Aubry est «est la seule qui est au point d'équilibre et peut rassembler une nouvelle majorité» , assure Yves Durand, député du Nord et proche de la marie de Lille, devant quelques journalistes. Sa candidature au poste de Premier secrétaire est «fortement probable» , confie-t-il, persuadé que « si ce n'est pas Martine Aubry, c'est Ségolène Royal» qui sera la chef. S'il dit vrai, on s'oriente vers un duel de dames.

10h30. «Reims ne doit être ni Rennes ni Le Mans» , ni un congrès de déchirements sans synthèse, ni un congrès s'achevant dans une synthèse générale de dupes, souhaite Sandrine Mazetier (pro-Aubry) qui, bien que jeune députée a connu les deux, et invite les congressistes à «faire mentir les oiseaux de mauvais augures» .

10h50. Le spectacle est aussi en salle de presse. Jean-Luis Bianco y explique Vincent Peillon sera «un peu plus qu'un n°2 traditionnel» , ce qui ne veut pas dire que Ségolène Royal se contentera de trôner: «Elle se mêlera de beaucoup de chose, elle mettra les mains dans le cambouis.» Même si ça tâche?

11h03. Vincent Peillon, debout dans une travée et raide comme un pique, écoute le discours de Bertrand Delanoë. Le numéro deux que s'est choisi Ségolène Royal ne dit rien mais fait la moue à plusieurs reprise. Le maire de Paris assure n'avoir «pas d'intérêt personnel dans le résultat de ce congrès» . Il dit que «lui et [ses] amis feront tout pour que la raison l'emporte» mais ne définit en rien cette raison hormis par des phrases de ce genre: «Il faut que tous ceux qui ont l'essentiel en commun, ont des nuances, pas des différences, aient le courage de se rassembler pour offrir une perspective au Parti socialiste. » Et ça fait du monde?

11h30. Arnaud Montebourg fait la leçon sur les crises à la tribune. Sur le libre-échange il plaide «le juste échange» , défendu par la motion Aubry, à qui il rend hommage poiur avoir «su tendre la main et tenir les mains» . Il mouline des bras, mais ses effets de manche n'impressionnent plus. Peu l'écoutent. Même les photographes ne sont plus intéressés, me glisse Gérard Filoche: «Il était pourtant prometteur.»

Manuel Valls sifflé et conspué

11h55. A la tribune, Manuel Valls commence à échauffer sérieusement la salle. On entend des sifflets et des huées au milieu des applaudissement quand il lance, provocateur: «Nous sommes tous d'accord pour être un parti de militants ouverts à tous ceux qui partagent nos valeurs.» Il avait déjà fait quelques remous quand, au début de son intervention, il avait défendu la fédération des Bouches-du-Rhône (royaliste) et aussi (pour faire bonne mesure) celle du Pas-de-Calais (Aubryiste) en but aux critiques pour leurs «votes au canon», invoquant le «respect du vote des militants» pour elles aussi. C'est dans le brouhaha qu'il conclut en plaidant pour «un grand parti moderne et populaire de 500.000 militants» . Des délégués lèvent le bras, pouce en bas.

11h58. Attention convoi d'élephant! Ségolène Royal quitte la salle précédée de caméras et de photographes. Il est prudent de s'écarter du passage sous peine d'être bousculé sans ménagement.

12h22. «Ce parti c'est toute ma vie.» Julien Dray est à confesse: il évoque ce «jour de mai 1981» où il a «pris sa carte au PS» . L'ancien «trublion des ministres» rappelle avoir «essayé de changer [le parti] par la minorité» , fait aussi «le choix de l'efficacité dans la majorité» . Son propos sent un peu la désillusion.

12h50. Les congressistes vont déjeuner. «La guerre des nerfs continue» , confie Pierre Kanuty à une camarade croisée dans le couloir.

14h05. «Dans quel parti de gauche a-t-on vu des militants qui peuvent payer 20 euros pour déjeuner?» interroge une déléguée. Pas de solution alternative autour du Parc expo. Au PS, menu et nouvelle adhésion sont à prix unique.

14h30. Les «travaux» devaient reprendre mais il faut se résoudre au retard. Et des retards, il y en a à Reims:
- François Rebsamen, actuel n°2 du PS, devait présenter hier le rapport d'activité sur lequel les délégués doivent voter dimanche matin. Il n'en a rien fait. Et quand il a pris la parole en fin de matinée, c'était pour plaider encore pour le rassemblement autour de Ségolène Royal.
- Le résultat définitif des votes du 6 novembre n'a toujours pas été proclamé . La commission qui devait boucler ce pensum ce matin aurait-elle échouée? Il semble bien et cela augure mal du climat qui règnera ce soir au sein de la commission des résolutions.

15h10. Bernard Poignant, président de la délégation des socialistes français au Parlement européen et soutien de Delanoë, «conseille à la future direction de ne pas trop renouveler les députés européens» . Quelle que soit la justification avancée pour cette reconduction, c'est la première fois que j'entends un reponsable du PS dire aussi crûment «on prend les mêmes et on recommence».

15h36. Applaudissements et huées saluent Gaëtan Gorce quand ce rénovateur explique que le rassemblement ne peut et doit se faire qu'autour de Ségolène Royal et sa motion.

La question centrale des alliances

15h50. Laurent Fabius se taille un franc succès en plaidant pour des alliances uniquement à gauche, un point d'accord entre les trois motions Delanoë, Aubry et Hamon, dit-il. «Il y un point sur lequel les congrès socialistes n'ont jamais transigé, c'est la nécessité de l'ancrage à gauche et ce point n'est pas discutable entre nous.»

16h16. Ségolène Royal monte à la tribune. On n'a pas de souvenir qu'elle se soit déjà exprimé dans un congrès. Cela autorise à la croire quand elle présente ce moment comme «historique».

16h20. Premiers sifflets quand elle prétend «soigner» un parti «malade» . N'a-t-elle d'autre projet que d'être une bonne maman ou une infirmière? Quelques minutes plus tard elle dit vouloir «un parti plus maternel aux plus démunis» (sic).

16h25. A la suivre, les socialistes sont détestables puisqu'elle explique qu'ils seraient «moins détestables» s'ils suivaient son projet.

16h40. Se tournant vers Bertrand Delanoë, Mme Royal lui lance: «Je ne doute pas de ta sincérité sur la question du refus des alliances avec le centre et je voudrais te répondre devant tous en toute transparence.» Elle promet: ### «Il y aura une consultation directe des militants sur la question des alliances», lance l'ex-candidate à la présidentielle sans citer le nom du parti de François Bayrou. Du coup elle entend bien que «cette question ne [puisse] plus servir de prétexte au refus du rassemblement autour de la motion arrivée en tête» . C'est peu probable. Comment en effet cette question des alliances, qui depuis plussieurs jours n'était qu'une question de nuances entre les motions, justifierait-elle un référendum? Serait-ce donc que la question est plus importante et clivante que ce que les amis de Mme Royal ont voulu faire croire? Elle s'enflamme en évoquant «un nouveau front populaire» ... Avec Bayrou? On nage en plein révisionnisme.

16h52. «Nous sommes ceux qu'on croit dans la tombe et qui se relèvent , lance Ségolène Royal en conclusion. Nous rallumerons tous les soleils, toutes les étoiles du ciel, nous sommes les socialistes.»

17h04. «Nous sommes dans un congrès ordinaire mais je crois qu'il est extraordinaire. Si nous ne sommes pas capables de nous reprendre, c'est peut-être la fin du PS» , attaque Martine Aubry dès le début de son discours. Il n'y a plus que des têtes d'affiches qui défilent à la tribune. On est dans le prime time du congrès.

17h16. La maire de Lille veut «tenir Obama par la main pour lui dire qu'il ne faut pas oublier» les pays du Sud.

17h39. Alors qu'elle explique depuis deux minutes quelle a été la démarche de sa motion depuis le 6 novembre, Martine Aubry est un peu chahutée par des pro-Royal. Réplique sèche de la maire de Lille: «Ségolène a demandé que l'on se respecte. Respectons-nous.» Elle renverra ainsi la balle une seconde fois, un peu plus tard.

17h43. «Je le dis à Bertrand: ceux qui ont des nuances entre eux doivent tout faire pour que ça aboutisse. » Martine Aubry veut «un parti socialiste fortement ancré à gauche» et dit «qu'il y a une majorité pour faire vivre cette ligne politique demain» . La maire de Lille s'adresse principalement au maire de Paris, en descendant de la tribune, elle ira l'embrasser au premier rang. Ségolène s'était contenté de serrer la main de Delanoë.

18h05. Henri Emmanuelli «se dévoue» . Il revient sur une «erreur» de Lionel Jospin: l'introduction du présidentialisme dans les statuts du PS. C'était en 1995. A côté de la représentation proportionnelle des courants a été introduit un scrutin majoritaire pour désigner le Premier secrétaire. «Attention à ne pas mettre à notre tête quelqu'un qui défend une orientation minoritaire» , avertit-il, persuadé que «les dégâts seront terribles» . En gardien du temple, le député des Landes balaie plusieurs questions en débat: «Nous avons relevé ce parti en le relevant de la tentation d'alliance avec le centre» , rappelle-t-il en invoquant le congrès d'Epinay. Il ne croit pas que «l'Europe soit un projet intrinsèquement socialiste» . Et fait la leçon à «Ségolène» sur les forces politiques qui composaient le Front populaire. «Je ne sais pas si on doit se soigner, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'on doit se resaisir et se remettre au travail» , avait-il glissé à l'intention de celle-ci au début de son intervention.

18h25. Vincent Peillon fait rire l'assistance quand il évoque «la constance de ses positions au sein du parti socialiste» . Il est vrai que Peillon avait été l'un des cofondateurs du NPS en 2002 et avait porté les motions de ce courant aux congrès de Dijon et Le Mans. Mais en 1994, il avait déjà présenté une motion au congrès de Lévin, motion plutôt à la droite du parti.

18h49. «Le protectionnisme , explique Pierre Larrouturou, c'est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais.»

19h45. Ségolène Royal, flanquée de Manuel Valls et Dominique Bertinotti, tient une conférence de presse, sans caméra ni micro. Pour ne rien de plus qu'on ne sait déjà. «La question des personnes sera tranchée jeudi prochain» , dit-elle. Ce serait vrai s'il n'y a pas plus de deux candidats. Car en cas de multiplication des candidatures, un second tour pourrait être nécessaire, vendredi. Pour l'heure, Martine Aubry maintient le suspense. Elle a jusqu'à 9h30 demain pour se déclarer. Benoît Hamon, lui, a passé l'après-midi dans sa chambre d'hôtel à préparer le discours qu'il fera demain.

La nuit risque d'être courte. La commission des résolutions se réunit à partir de 21h30. Dans ce conclave à huis-clos, le PS va essayer de se trouver une majorité. Si ce n'est pas le cas, on devrait au moins en savoir plus sur les rregroupements entre motion. Cette réunion devra aussi trancher les contentieux électoraux qui empêchent de connaître le résultat définitif du vote du 6 novembre. Or celui-ci détermine la composition du conseil national et du bureau national, pour ne pas parler de quelques instances moins en vue, comme la commission nationale des conflits. Or celle-ci, à en juger par la séance d'aujourd'hui risque d'avoir bien du travail... dans les mois à venir.

(La suite demain...)


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