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Publié le 13 novembre 2008

Ségolène a « envie », et alors ?

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Ségolène Royal n’a pas changé. En 2006, elle désirait un avenir (en 2007), depuis hier on sait qu’elle a « envie » du poste de Premier secrétaire. C’est à peu près tout pour le message politique. Aussi creux qu’une citrouille d’Halloween. Qui ne désire pas un avenir ? Qui, parmi les responsables et cadres du PS, n’a pas « envie » d’être le patron ? C’était bien la peine de squatter le 20 heures de TF1 pour en rester à cet étalage de banalité.

« Ce qui m'intéresse , a-t-elle encore dit, c'est de rassembler l'équipe des meilleurs responsables
politiques, quelle que soit l'équipe à laquelle ils appartiennent. »
Cela ne vous rappelle rien ? Tout juste élu à l’Elysée, Nicolas Sarkozy voulait lui aussi un gouvernement constitué de « la meilleure équipe de France » . Peu importe les idées, seul compte le casting. Adieu la politique.

Nous ne ferons pas à la présidente de Poitou-Charentes l’injure de croire qu'elle ne poursuit pas des objectifs politiques. Sa piteuse esquive sur la question de l’alliance avec le MoDem 1 est révélatrice de l’ancrage au centre-gauche qu’elle veut imprimer au PS. On souhaiterait juste qu’elle annonce franchement son projet. Qu’elle s’avance drapeau déployé au lieu de multiplier les diversions et faux-semblants.

La belle entourloupe

Au lieu de ça, la légitimité dont se prévaut Ségolène Royal aujourd’hui repose sur une entourloupe qui confine à l’escroquerie, quoi qu’on pense du personnage et de ses idées : « Les militants ont voté, donc ont donné une légitimité au projet que j'ai présenté avec mes amis, m'ont donné cette vocation, peut-être, à diriger demain avec une équipe le Parti socialiste » , a-t-elle dit face à Laurence Ferrari. Mais où a-t-elle présenté ce projet ? Elle s’est défilée lors de la présentation des contributions devant le conseil national, le 2 juillet, prétextant un voyage officiel au Québec. Idem lors de la présentation des motions, le 23 septembre : elle s’est fait remplacer par Najat Vallaud-Belkacem, Vincent Feltesse et François Rebsamen. 17e signataire de ce texte, dont le numéro un était Gérard Collomb, le maire de Lyon, Mme Royal ne l’a présenté dans aucune AG fédérale ni, semble-t-il, aucune section. Quand ses concurrents avaient au moins l’humilité d’aller se frotter à des militants en désaccord avec eux, elle a confortablement fait campagne parmi les siens. Soit en réunissant les partisans de sa motion, comme à La Bellevilloise. Soit lors de réunions publiques au cours desquelles sous prétexte de s'adresser aux Français, comme au Zénith, elle n'évoquait jamais le congrès et ses enjeux.

Mieux, après la mise au « frigidaire » de sa candidature , les barons de province qui n’avaient accepté de faire motion commune qu’à cette condition, ont systématiquement minimisé son leadership pour mieux « vendre » leur texte auprès des militants de leur fédération. Dans les Bouches-du-Rhône, les missi dominici envoyés dans les sections expliquaient ainsi que la motion E n’était « pas la motion de Ségolène Royal » mais que cette dernière avait rejoint Jean-Noël Guérinile, le phare de la pensée socialiste buccano-rhodanienne. A Lyon, on parlait de la motion de Gérard Collomb. A Montpellier, de la motion de Robert Navarro qui allait permettre de réintégrer Georges Frêche

Depuis le vote du 6 novembre, les barons de province sont passés à la trappe. Des 26 premiers signataires, ne reste que la dix-septième ! Seule aux commandes et potentiellement candidate. Le tour de passe-passe est habile. Mais pas très honnête.



  1. « D’abord la question n’est pas d’actualité. (…) Je crois que quand cette question se posera entre les futurs deux tours de l’élection présidentielle… Honnêtement on en est loin. (…) Bien sûr que le parti socialiste doit ouvrir ses portes et ses fenêtres. D'abord rassembler la gauche, puisque nous sommes ancrés sur des valeurs de gauche et ensuite tendre la main à tous les démocrates qui voudront que triomphent des valeurs de justice, d'indépendance de la presse, d'impartialité de l'Etat. (…) C’est d’abord aux électeurs que je m’adresse et ensuite à des partenariats comme cela s’est déjà fait . » Ce n’est pas parce que l’entre-deux tours de la prochaine présidentielle est un horizon éloigné que la question ne se pose pas. Non seulement elle a toutes les chances de se poser dès 2010 aux élections régionales, mais se donner pour perspective de nouer des partenariats (exercice qui ne peut se faire qu’avec des forces politiques) induit nécessairement de s’y préparer en travaillant à un projet qui gomme tous les aspects les plus saillants des politiques de gauche que les « démocrates » du genre Bayrou ont toujours refusé. 


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