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Publié le 16 mai 2009

« Bright Star » de J. Campion ; « Yuki et Nina » ; « La Vie intermédiaire » de F. Zabaleta

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Le bon goût, c’est barbant . Tout est là où il faut, posé comme il faut, ni plus ni moins mais sans nécessité. Bright Star de Jane Campion, en compétition officielle, a ces qualités et ce défaut. Le film ressemble à un bel album illustré et patiné qui aurait pour titre : Vie et mort du poète John Keats, dont l’existence, au début du XIXe siècle, fut de courte durée.

Illustration - « Bright Star » de J. Campion ; « Yuki et Nina » ; « La Vie intermédiaire » de F. Zabaleta

La comédienne qui joue la femme aimée du poète, Abbie Cornish, beaucoup plus saillante que l’acteur interprétant Keats, Ben Wishaw, est intéressante à regarder (physique pas conventionnel, robe différente à chaque scène parce que son personnage les confectionne elle-même). Sinon, dans la Leçon de piano ou Portrait de femme , il y a plus de 10 ans, Jane Campion avait déjà tout montré.

Pour fuir l’académisme , je vais tout d’abord du côté de la Quinzaine des réalisateurs, qui projette Yuki et Nina , l’œuvre commune du cinéaste japonais Nobuhiro Suwa et du comédien français Hyppolite Girardot. Yuki et Nina sont deux petites filles d'à peine dix ans très amies. Nina vit avec sa mère divorcée, Yuki avec son père français et sa mère japonaise, mais ceux-ci sont aussi sur le point de se séparer.

Illustration - « Bright Star » de J. Campion ; « Yuki et Nina » ; « La Vie intermédiaire » de F. Zabaleta

Loin du film à dossier, qui traiterait la question des enfants de divorcés, Yuki et Nina se place à hauteur des deux fillettes. On vit avec elles la manière dont Yuki reçoit la nouvelle que ses parents ne s’aiment plus (et que sa mère désire l’emmener vivre avec elle au Japon) et dont sa copine Nina essaie de l’aider. Au long de séquences qui font penser à la manière dont Jacques Doillon a pu faire jouer des enfants, et d’où l’improvisation ne semble pas exclue, on entre dans l’univers partagé par les deux petites filles, dans la souffrance de Yuki et la solidarité de Nina

Les deux très jeunes comédiennes, Noë Sampy et Arielle Moutel, sont d’une vivacité et d’un naturel remarquables. Et ne perdent rien de leur intensité dans les scènes où elles sont « confrontées » aux adultes (les relations entre Yuki et son père, joué par Hyppolite Girardot, sont particulièrement touchantes). Si le film perd de sa force dans sa dernière partie, japonaise et plus onirique, Yuki et Nina reste malgré tout un joli moment de cinéma.

Mais aujourd’hui, pour être véritablement surpris et emballé, c’est à l’Acid qui fallait aller. Au programme : la Vie intermédiaire , de François Zabaleta. Film hors norme, libre, impudique, dérangeant. À son propos, je pourrais commencer toutes mes phrases par : « Étrangement ». Étrangement, le film commence par un état des lieux du suicide en France avec à l’image plusieurs écrans en forme de croix où l’on voit une petite ville de province vue d’avion. Étrangement, vient ensuite une chanson d’une violence homophobe nauséeuse, interprétée par Fernandel dans les années 1930 ou 1940, tandis qu’à l’écran défile, encadrant un homme portant une robe, tout ce que le vocabulaire français connaît d’injures anti-homos. Étrangement, le film se poursuit, pendant près de deux heures, par des séries de photographies d’un couple, une femme de près de 60 ans (Carole Lesguillon) et un homme de 10 ans son cadet (François Zabaleta), accompagnées d’un long monologue en voix-off évoquant leur histoire, sans que vienne un seul instant d’ennui mais au contraire avec la sensation qu’il se passe à chaque instant quelque chose.

Illustration - « Bright Star » de J. Campion ; « Yuki et Nina » ; « La Vie intermédiaire » de F. Zabaleta

Le couple en question n’est pas classique. La femme et l’homme ne vivent pas ensemble, et tout, a priori, les sépare. Elle est sans culture, au service des châtelains du coin (un coin dans le Loiret), lui est artiste – photographe – et se définit lui-même comme un « pédé de gauche ». Pourtant ces deux-là se sont bien rencontrés, et ont formé un couple, à la manière d’Harold et Maud.

La sidération que suscite la Vie intérimaire vient de la force d’évocation qu’ont les photos et le texte lu, les deux agissant dans un rapport dialectique. Les photos du couple sont tendres, apaisées, familières, tandis que le texte est cru, brutal, ironique. Dévastateur, même, quand il parle du suicide annoncé de l’une ou de l’autre, de la non-vie dans une petite ville de province, de la carrière ratée du photographe ou de l’enfant fait à la femme par le châtelain.

La Vie intérimaire est un film sociologique, poétique, psychologique, politique, théorique. C’est aussi un film tout simple, fait d’images et de sons, dont le sujet ultime est peut-être le plus essentiel de tous : l’altérité.


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