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Publié le 10 juillet 2009

Devine Qui Vint Dîner?

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Illustration - Devine Qui Vint Dîner?

C'est curieux, hein, comme certaines infos ont de la difficulté à se faire un chemin vers le grand public.

Le Canard enchaîné a publié mercredi un papier qui aurait normalement dû jeter aux rues des milliers de magistrats (et d'avocats, et de justiciables) - mais la Grande Presse néglige, depuis deux jours, de s'en faire l'écho, un peu comme si elle ne l'avait pas vu.

Ce papier dit comme ça que l'excellent procureur de la République de Nanterre (Hauts-de-Seine), Philippe Courroye, qui d'après Le Canard est «toujours» accueilli «à bras ouverts à l'Elysée» , où il «se rend régulièrement» - ça dit comme ça que cet homme, dont l'indépendance luit d'une rassurante lumière dans la nuit de l'injustice, a organisé au mois de janvier dernier, «dans son appartement du XVIe arrondissement de Paris» , un raffiné dîner.

Jusque-là, tout va bien: c'est juste après que ça se gâte velu.

Pour bien le comprendre, il faut savoir que Jean-Charles Naouri, PDG du groupe Casino, a déposé «une série de plaintes» contre les anciens patrons des magasins Franprix et Leader Price, filiales du groupe en question, et que si cette affaire était bouclée avant la fin du printemps, ce brave homme pourrait, ce n'est pas rien, économiser plusieurs centaines de millions d'euros.

Il faut savoir aussi (ne serait-ce que pour se divertir entre potes aux longues soirées d'hiver où les frimas cantonnent l'humanité au coin de l'âtre) que l'épouse du magistrat Courroye, Ostiane, «exerce dans le civil les fonctions de chargée de mission à la fondation Casino, créée par Jean-Charles Naouri» .

Or, qui participait au dîner du mois de janvier - outre Philippe et Ostiane?

Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, qui aimerait que les keufs se dépêchent un peu de terminer leur enquête sur ses plaintes - histoire d'économiser, comme on disait, quelque thunes.

Paul Lombard, avocat de Casino, qui est a priori du même avis que son client.

Et Patrick Hefner, qui est gardien de la paix, mais d'un grade un peu plus élevé que Pinot, simple flic, puisqu'il est tout de même le «sous-directeur des affaires économiques et financières à la préfecture de police» - et qui «supervise» , détail touchant, ladite enquête.

En somme: le généreux Courroye nous a monté là un dîner où l'employeur de son épouse a éventuellement pu s'ouvrir à un «grand flic» de son voeu vif de le voir mettre «les bouchées doubles» dans le traitement de ses plaintes.

Mettons que tu sois le défenseur d'un épicier de Corrèze mis en examen pour terrorisme.

Mettons que, pris d'une furieuse envie (comme on dit à Béziers1) de les sonder, tu invites les fonctionnaires chargés de l'enquête à venir échanger autour d'un taboulé.

À mon avis?

Les mecs vont te rire au nez.

Là?

Non.

Là, tu as, comme Le Canard le souligne, «une émouvante rencontre» privée, coordonnée par un magistrat de gros niveau, où se réunissent «trois personnes directement concernées par des dossiers judiciaires» .

C'est, en soi, d'une assez vaste cocasserie, quand on se rappelle que Philippe Courroye2 a distribué long comme le bras de la mise en examen pour trafic d'influence, dans l'affaire connue sous le nom (débile) d'«Angolagate».

Mais ça devient carrément hilarantissime, quand on se rappelle aussi que le même Courroye, que des avocats soupçonnaient d'avoir reçu chez lui un autre flic (des RG) de haut niveau (du nom d'Yves Bertrand) pour l'entretenir (hors procédure) de cette affaire angolaise, a vigoureusement démenti cette affreuse affabulation: recevoir at home un hiérarque policier?

M**** alors, c'était pas le genre de la maison.


  1. La furieuse envie est à Béziers ce que la bêtise est à Cambrai. 

  2. Qui «n'a certes rien commis d'illégal» en donnant ce dîner, comme le précise «Le Canard»


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