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Publié le 20 novembre 2009

Les Obscénités Matinales Du Thierry Roland De La Pensée

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Illustration - Les Obscénités Matinales Du Thierry Roland De La Pensée

Alain Finkielkraut n'est pas seulement le raffiné clerc de radio-télévision, inlassable contempteur des modernes fléaux que sont l' «antiracisme» et le «démocratisme» , dont le monde entier nous envie les affûtées saillies: le gars est aussi un commentateur sportif de (très) gros niveau, auteur, naguère, de l'inoubliable observation que tous ces Nègres, dans l'équipe de France de football, mâme Dupont?

Ça fait ricaner toute l'Europe.

(Et comme on la comprend, l'Europe, hein, mâme Dupont?

Parce que bon, tout ce black dans notre bon vieux blanc, c'est-y pas inquiétant?)

L'exigeant Elkabbach, dont le professionnalisme luit comme un phare (antibrouillard) dans la nuit de l'intelligence, ne pouvait donc pas faire moins que d'inviter hier matin le Thierry Roland de la pensée à donner son avis à l'antenne d'Europe 1, sur, notamment, la qualification, la veille, de l'Algérie pour le Mondial.

(C'est , et je te prie de bien regarder jusqu'au bout, nonobstant que tu sentiras vite monter l'envie de rendre.)

Cette victoire incommode Finkielkraut, parce qu'elle a donné lieu «à des manifestations en France qui doivent aggraver notre malaise» .

Neffet: elles sont le signe, d'après lui, que «de très nombreux supporteurs» français de l'Algérie ont un seul «amour» , qui n'est pas celui de la France, mais celui de l'Algérie.

Sur quoi Finkielkraut fonde-t-il cette affirmation péremptoire?

A-t-il fait un sondage auprès d'un échantillon représentatif de la population des supporteurs de l'équipe d'Algérie?

Évidemment que non: le mec n'est pas du genre qui s'emmerde à réunir des preuves tangibles de ce qu'il avance.

Mais par contre: il «a en mémoire les sifflets qui ont ponctué le match France-Algérie» .

Et pour lui, manifestement: ces sifflets suffisent à établir que les supporteurs de l'Algérie sont de mauvais Français.

Quelque chose comme des agents de l'étranger - ainsi qu'on disait dans les vieux films de propagande.

Au reste: le problème n'est pas seulement algérien, puisque aussi bien Finkielkraut se rappelle aussi les sifflets qui ont ponctué «le match France-Tunisie, ainsi que le match France-Maroc» .

Dans la vraie vie, naturellement: des sifflets ont également ponctué bien d'autres matches - avant-hier encore - où l'équipe de France était opposée à des équipes européennes.

Mais ces sifflets-là, Finkielkraut les oublie, car leur mention ruinerait sa démonstration, qui est, tu l'auras compris, que nous avons un problème avec les supporteurs français de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc.

Donc avec les supporteurs de type maghrébin .

Finkielkraut nous indique d'ailleurs le très sûr moyen de vérifier que ces gens-là sont incroyablement problémogènes: «Il faut tendre l'oreille, écouter ce que disent les rappeurs.»

Et de citer Diam's: «Ma France à moi elle parle fort» .

Quel rapport entre un match de football et le rap?

Aucun.

Mais notre fin penseur n'a que foutre de si infimes détails: sa mission est de basculer, en trois phrases, de la constatation que l'Algérie s'est qualifiée pour le Mondial à la stigmatisation de supporteurs qui sont d'incomplets Français, mais qui sont aussi, Dieu merci, facilement identifiables, puisqu'ils écoutent tous du rap (de la même façon que les Nègres ont tous le rythme dans la peau) - et pas n'importe quel rap, tu noteras, mais un rap qui chante une France qui parle fort.

Merde alors, des Français issus de l'immigration qui parlent fort?

Qui relèvent la tête?

C'est l'horreur absolue.

Pour ces canailles, explique alors Finkielkraut: «La France, c'est au mieux une compagnie d'assurance» .

À ce moment-là du nauséabond show du penseur, on se dit qu'on a touché le fond, et qu'il ne pourra plus rien sortir de plus dégueulasse - au moins jusqu'à sa prochaine prestation médiatique.

Mais il reste une dernière goutte.

Après avoir énoncé en quelques minutes à peine que les supporteurs français d'origine maghrébine sont des agents de l'étranger gavés de rap pour qui la France est une compagnie d'assurance, le philosophe que rongent de glauques phobies sort de sa besace un argument décisif: un «article» paru « il y a quelques semaines dans Le Monde» .

Que dit cet article?

Cet article parle - ne ris pas - de «la violence endémique à Cavaillon» (Vaucluse), et «dit» comme ça que «des employés» municipaux «ont reçu des déchets lancés d'une tour» et qu' «on leur a crié: «Putains de Français, continuez à nettoyer notre merde!»»

Nous sommes, tu l'auras deviné, invité(e)s à comprendre que les gens qui ont «crié» ça sont les mêmes douteux Français d'origine maghrébine qui supportent l'Algérie: l'art de l'amalgame puant atteint là des sommets.

Naturellement, Finkielkraut, homme de coeur, n'a aucune intention - peeeeenses-tu - de «monter ces histoires en épingle» : c'est complètement par hasard qu'il s'est pointé hier matin à Europe 1 avec un article du Monde vieux de plusieurs semaines, et c'est à l'insu de son plein gré qu'il l'a lu à l'antenne.

De même: c'est bien malgré lui qu'il dit tout haut ce que pense mâme Dupont tout bas - et bon, est-ce de sa faute à lui, simple clerc de médias, si cette brave dame, éprise de ses imprécations, ravie que ses vomissements ne le disqualifient jamais, envisage aussi de voter pour l'extrême droite?


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