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Publié le 10 juin 2010

Val Varie

Illustration - Val Varie

Penchons-nous, si tu veux bien, sur l'éditorial publié dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo le 14 novembre 2007 - six mois, donc, après l'élection de Sarkozy à la présidence de la République.

Cet édito a pour titre: «Enculé président» .

C'est à la fois sobre, et direct.

Son auteur - Philippe Val, alors directeur de la publication et de la rédaction de Charlie Hebdo et fameux héraut de la liberté d'expression - évoque ce qu'il appelle une «scène fondatrice du sarkozysme» , où, narre-t-il, «un homme perché sur ce qu'on imagine être un bastingage» - c'était, remember , un marin-pêcheur en colère - «interpelle le» nouveau «président: “Enculé.”» .

Puis où «le président de la République, menton en l'air, les deux mains en avant, les doigts pliés et dépliés en signe d'invite, lui répond: “Attends, attends, descends, toi, là...”»

Philippe Val demande: «À quoi réagit» ainsi «le président» ?

Philippe Val répond: «À l'insulte “enculé”» .

Philippe Val se gausse: en principe, explique-t-il, «on attend d'un président de la République qu'il défende l'honneur et la réputation de tous les Français, y compris de ceux qui trouvent ni plus ni moins indigne de se faire enculer que d'enculer» .

Mais là, ce n'est pas du tout ce qui se passe: là, «par sa réaction à ce qui n'est une insulte que dans la bouche des imbéciles, le président s'est idéologiquement rangé du côté de son insulteur: “Tu as raison, ceux qui se font enculer sont dégoûtants, et si tu me prends pour l'un d'eux, je te casse la gueule”» .

Après quoi, les années passent, et Philippe Val devient directeur de France Inter, avec, disons, la bénédiction du président dont il déplorait auparavant qu'il ne défende pas suffisamment «l'honneur de ceux qui trouvent ni plus ni moins indigne de se faire enculer que d'enculer» - mais envers qui, soudain, il se fait moins caustique.

Et voilà que l'autre jour - c'était le 20 mai - Didier Porte, à l'antenne de France Inter, fait dire à Villepin: «J'encule Sarkozy» .

Comment réagit Philippe Val, directeur de France Inter?

Philippe Val, directeur de France Inter, admoneste - rudement - Didier Porte.

Et bien sûr, c'est un peu décevant, parce qu'on attend a priori d'un directeur de France Inter qu'il défende l'honneur et la réputation de tous les Français - y compris de ceux qui trouvent ni plus ni moins indigne de se faire enculer que d'enculer.

Alors que là, force est de constater: Philippe Val, par sa réaction outrée à ce qui n'est une insulte que dans la bouche des imbéciles, donne assez fort l'impression, à l'aune des critères qu'il a lui-même définis dans son édito du 14 novembre 2007, de faire passer dans l'opinion le message que ceux qui se font enculer sont dégoûtants...

Illustration - Val Varie


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