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Publié le 5 mars 2011
A propos d'un sondage qui fait le buzz

A propos d'un sondage qui fait le buzz

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Marine Le Pen au congrès du FN à Tours, le 16 janvier 2011. Impossible d'échapper au Sondage du jour qui nous annonce que Marine Le Pen arriverait en tête du premier tour de l'élection présidentielle, devant Nicolas Sarkozy et la socialiste Martine Aubry. Depuis le début de l'après-midi, l'enquête d'opinion Harris Interactive pour Le Parisien Dimanche fait le buzz. Tous les médias reprennent en boucle l'effrayant scénario: la présidente du Front national recueillerait 23% des voix, contre 21% pour le président sortant, à égalité avec la première secrétaire du Parti socialiste.

Notez qu'à cette heure encore les détails de ce sondage restent mystérieux. Suivant une judicieuse stratégie marketing de teasing , Le Parisien n'a volontairement choisi que d'en révéler l'élément le plus accrocheur1.

Et ça marche, puisque tous les politiques commentent le «coup de semonce», comme si on était dans la politique réelle. Tous! Comment pourrait-il en être autrement quand la gente journalistique les interroge sur ce qu'elle estime être le fait du jour? Obligés de répondre, donc, ce qu'ils disent du rôle d'apprenti sorcier de Nicolas Sarkozy dans la montée des intentions de vote en faveur du FN n'est pas sot, loin de là.

Mais sur le sondage lui-même il conviendrait de s'interroger. Ce devrait être le premier réflexe avant de prétendre en tirer des enseignements politiques, non?

- Notons pour commencer qu'on ne sait pas qu'elle a été au juste la question posée. On n'obtient pas la même réponse si l'on demande à un panel «pour qui votez vous?», «pour qui voteriez-vous?» ou «pour qui y a-t-il le plus de chance que vous votiez?»

- Remarquons qu'on ne sait pas non plus que les noms des candidats proposés ne seront pas forcément les candidats soumis au vote dans un peu plus de 13 mois. Rien qu'au PS plusieurs auraient pu être testés: DSK, Hollande, Royal et pas uniquement Aubry.

- Soulignons, et c'est important, cette enquête a été réalisée en ligne . Certes cela coûte moins cher même si l' «échantillon de 1618 individus issus de l’access panel Harris Interactive, représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus» est plus gros que celui utilisé dans une enquête par téléphone ou en face-à-face. Reste que les Français qui ont internet et l'utilisent ne sont pas nécessairement représentatifs des Français qui n'ont pas accès à ce mode de communication.

Enfin, à tous les amateurs de sondages politiques et commentateurs en herbe , rappelons ce sondage de l'Ifop réalisé en janvier 19952, trois mois seulement avant le scrutin: Edouard Balladur devait rassembler de 28 à 30% des voix au premier tour, tandis que les socialistes oscillaient entre 11% avec Henri Emmanuelli, 15% avec Lionel Jospin et 19% avec Jack Lang. Evidemment, Balladur l'emportait dans tous les cas de figure au second tour, haut la main, avec des scores qui ne sont pas sans rapport avec ceux que l'on prédit à DSK face à Sarkozy. La suite, tout le monde la connaît: Balladur n'ayant obtenu que 18,6% au premier tour, Jacques Chirac a été élu au second avec 52,64% face à Lionel Jospin, qui avec 23,3% était arrivé en tête du premier tour.

Les élections cantonales des 20 et 27 mars présenteront une appréciation plus exacte du rapport de force politique. Il y a fort à parier que ce scrutin sifflera, pour le FN en mal de candidats, la fin de la récréation sondagière.



  1. Au fait où est le sphinx de Washington qui animait toutes les discussions d'un précédent week-end de politique fiction? 

  2. Que Guy Birenbaum a exhumé sur Twitter. 


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