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Publié le 3 mars 2014

Ukraine: les « applaudissements » rêvés de Jean-Luc Mélenchon

Une déclaration de Jean-Luc Mélenchon recueillie samedi matin, en marge d'une manifestation toulousaine contre le pacte de responsabilité, fait polémique. L'ancien candidat du Front de gauche était interrogé non sur les raisons de la manifestation à laquelle il participait mais sur les bruits de bottes en Ukraine, et plus particulièrement en Crimée. Voici donc ses propos rapportés par l'AFP :
« Les ports de Crimée sont vitaux pour la sécurité de la Russie, il est absolument prévisible que les Russes ne se laisseront pas faire, ils sont en train de prendre des mesures de protection contre un pouvoir putschiste aventurier, dans lequel les néonazis ont une influence tout à fait détestable . (…) Nous Français, n’avons rien à faire dans une histoire pareille, nous n’avons rien à faire à encourager les provocations contre les Russes, cela dit sans sympathie pour le gouvernement russe. »

Illustration - Ukraine: les « applaudissements » rêvés de Jean-Luc Mélenchon

Plusieurs médias, et des responsables du PS et d'EELV ont cru déceler dans ces propos sur le caractère «prévisible» de la réaction Russe, pourtant annoncée par quelques confrères (voir ici par exemple), une coupable complaisance pour Vladimir Poutine. Dans le développement de cette polémique, Claude-Marie Vadrot, mon voisin de palier sur cet espace de blogs, a pris sa part. Pour ma part, comme beaucoup de lecteurs qui lui en ont fait reproche, je ne vois rien, à la lecture de ces deux phrases, qui autorise à écrire que Jean-Luc Mélenchon applaudit à l'invasion de la Crimée par la Russie. Rien.

Tout ce qui découle de cette interprétation dans la suite de son post est à tout le moins caricatural et inutilement outrancier, comme dicté par une détestation personnelle qui empêcherait toute réflexion.

Que la déclaration de Jean-Luc Mélenchon ait heurté jusqu'à certains de ses sympathisants, c'est indéniable. Il n'est qu'à lire tous les commentaires suscités par le post de blog de Claude-Marie Vadrot, jusque sur les réseaux sociaux, pour en trouver. Le rappel de réalités géopolitiques est toujours choquant dans un monde où les esprits ont moins été initiés à l’école d'Yves Lacoste que formés à la pensée de Walt Disney. La pensée binaire des médias mainstream a imposé sa norme. Dans tout conflit, il y a désormais les bons et les méchants, le bien et le mal. Un travers contre lequel nous nous élevons souvent Et pas plus tard que dans le numéro de cette semaine dans les articles consacrés précisément à l'Ukraine.Lire > Une révolution inquiète
Lire > Ukraine : des lendemains incertains
Lire > Ukraine : « Pour beaucoup, l’Europe c’est le rêve démocratique »

Une mise en garde légitime

« Pouvoir putschiste aventurier. » Cette qualification du nouveau pouvoir en place à Kiev constitue, pour Claude-Marie Vadrot, une « injure aux morts ukrainiens » pour laquelle Jean-Luc Mélenchon devrait faire « pénitence ». C'est avec le même genre de raccourci que d'aucuns prétendent interdire toute critique de la politique des Etats-Unis, assimilée par eux à de l’anti-américanisme, ou de la politique l'Etat d'Israël, assimilée à de l'antisémitisme.

Ce n'est pas intellectuellement honnête. Comme le note, un des commentateurs critiques de son blog « Putschiste : l a procédure de destitution n’a pas été respectée selon la constitution de 2004 (article 117) à laquelle l’Ukraine est revenue. De plus, l’accord signé en présence des diplomates français polonais et allemands a été bafoué par 'l’opposition dès le lendemain'. donc aventurier également. » Le rappel du droit est certes assez formaliste dans une révolution, mais comme le pointait lui-même Claude-Marie Vadrot dans un précédent post les parlementaires ukrainiens ont bien effectué un spectaculaire retournement de veste ukrainiens...

Que les néo-nazis aient une influence dans ce pouvoir, nul ne le nie, à part peut-être Bernard Henri Levy. S'il convient de ne pas la surrestimer, il est aussi souhaitable de ne pas s'en accommoder, ce à quoi mon voisin semble nous inviter avec sa très maladroite comparaison avec la Résistance.

Mettre en garde contre le pouvoir issu de cette révolution n'est pas «  piétiner tous les morts et les centaines de blessés » qui l'ont faite. On peut d'ailleurs lire ce qu'en dit Jean-Luc Mélenchon, à la fin de la dépêche AFP :
« A la faveur du mécontentement légitime des Ukrainiens, se sont infiltrés des gens stipendiés par les nord-Américains, parmi les plus méprisables et dangereux, en particulier le parti prétendument Svoboda qui est en réalité un parti national-socialiste qui multiplie les provocations anti-russes. »
Au risque de passer, aux yeux de mon voisin, pour un membre de ce qu'il qualifie de « secte » mélenchoniste, vocabulaire quatremerien aussi ridicule qu'insultant pour les lecteurs-commentateurs qu'il stigmatise ainsi, il n'est pas inutile de remémorer ce que le co-président du Parti de gauche écrivait le 25 février sur son blog :
« Entendons-nous bien : la mise en cause du gouvernement Ianoukovitch est fondée. La corruption, le surplace économique et tout le saint frusquin des « démocraties » issues de la fin du « camp socialiste » à l’est sont insupportables. Mais ce n’est pas une raison pour encenser l’opposition, mentir sur son identité, amnistier des criminels et des délinquants, tout cela pour participer à une manœuvre contre la Russie contraire aux intérêts de la France. »
A tout prendre, mieux vaut un homme politique qui nous rappelle combien l'histoire est complexe et peut-être tragique qu'un gestionnaire prompt à nous enrôler dans un énième épisode de «la guerre du droit».

Soutien aux militants de Greenpeace emprisonnés

Enfin, ultime preuve d'une coupable complaisance avec Vladimir Poutine, Jean-Luc Mélenchon n'aurait jamais condamné l'emprisonnement des opposants et l'envoi des « écologistes en camp de travail » , ni la « répression et les destructions environnementales de Sotchi et de ses jeux d’hiver » . Erreur! Le 9 octobre, le co-président du Parti de gauche signait avec Noël Mamère une tribune réclamant la liberté pour les 30 militants de Greenpeace emprisonnés après avoir dénoncé les forages pétroliers en Arctique. Publiée sur le site Reporterre, il l'a reprise quelques jours plus tard sur son blog. En voici deux extraits :
«  Dénoncer les crimes contre l’environnement dans un pays qui a produit Tchernobyl et la mer d’Aral, c’est sauvegarder le patrimoine de l’humanité. »

« Ces trente militants courageux se battent pour la liberté de tout le peuple russe. Cette répression de militants écologistes, écrasés par l'oligarchie et son bras armé le pouvoir, est un déni du respect des libertés fondamentales. En février 2014, la Russie accueillera les Jeux Olympiques d’Hiver, à Sotchi. Personne ne comprendrait qu’ils puissent se tenir dans un pays où 30 militants de Greenpeace appartenant à 18 pays différents (la Russie, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, l’Argentine, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la France…) seraient encore détenus dans des conditions indignes d’un État de droit. »
Quant à Sotchi, A Gauche , la lettre hebdomadaire du Parti de gauche, consacre dans son édition du 28 février un long article à réclamer « des JO compatibles avec l'écosocialisme » . Je vais en déposer une photocopie dans le casier de mon voisin.


Les blogs publiés sur Politis.fr, qu'il s'agisse de blogs d'invités ou de membres de la rédaction, y compris le mien, reflètent le point de vue de leur auteur et pas nécessairement ceux de la rédaction – ils ne sont d'ailleurs pas relus par ses responsables éditoriaux. Sur l'Ukraine, Claude-Marie Vadrot a exprimé le sien, qui n'est pas tout à fait celui de Bernard Langlois qui a exposé le sien sous forme d'interrogation et d'une alerte.

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