Couacs et bourdes

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La campagne présidentielle serait bien monotone sans les petites dissensions entre les candidats et leurs équipes. Elle serait lassante si les prétendants au siège nous déversaient un discours lisse en toutes circonstances. Remercions donc Ségolène Royal pour sa contribution. Jour après jour, la présidente de la Région Poitou-Charentes tire la campagne d'un ennui certain. Elle surprend par ses innovations sémantiques et lexicales ­ ah ! cette bravitude ­, nous laisse sans voix devant la fulgurance de ses raccourcis ­ vanter la rapidité de la justice chinoise... ­, et nous subjugue par ses erreurs au quiz pour l'Élysée. Enfin une candidate si proche des gens qu'elle en ignore comme la majorité d'entre eux combien la France possède de sous-marins nucléaires !

Quant aux bisbilles entre la candidate du PS et le Premier secrétaire du parti qui l'a désignée... on se souvient de leur désaccord fiscal. François Hollande a annoncé que la gauche reviendra sur les réductions d'impôt accordées aux plus hauts revenus. Par souci de précision, il a même suggéré que cette mesure s'applique aux contribuables déclarant un revenu fiscal net de 4 000 euros par mois. Vives critiques de l'équipe de campagne royaliste, furieuse de voir le principal dirigeant du PS torpiller ainsi « la phase d'écoute » de leur championne, qui a confié aussitôt le dossier à Dominique Strauss-Kahn et à Didier Migaud, désavouant ainsi les affirmations de François Hollande.

Cette passe d'armes, et d'autres plus tactiques sur le tempo de la campagne, a vite été interprétée comme le signe d'une rupture dans le couple Royal-Hollande. « Est-ce un vrai couple ? » , s'interrogea même le Parisien (21 novembre), en consultant un « spécialiste de la famille » auteur d'un ouvrage sur... l'adultère. Difficile d'être plus direct dans le subliminal. C'est pourtant ce qu'a tenté Arlette Chabot, sur France 2, jeudi dernier, en demandant à François Hollande de commenter deux photos de lui et de sa compagne. Or la question n'est pas de savoir si François Hollande et Ségolène Royal rangent leurs caleçons et leurs petites culottes dans la même armoire. La seule question politique qui importe est de savoir si Ségolène Royal reprendra à son compte le projet du PS, dont François Hollande, bien dans son rôle de Premier secrétaire, a rappelé l'esprit.

Nicolas Sarkozy bénéficie de plus d'indulgence, des médias comme des socialistes. On peine à trouver au PS la trace d'une « meute » semblable à celle qui, à l'UMP, est chargée d'aboyer à toutes les gaffes réelles ou supposées de l'adversaire. Dommage, car le ministre de l'Intérieur-candidat en fait aussi. Si Ségolène Royal avait déclaré « le problème en France, c'est que les gens héritent trop tard » , parions qu'elle aurait été accusée d'inviter les électeurs à souhaiter la mort de leurs parents. Mais quand c'est Sarkozy...

Le 14 janvier, sur TF 1, interrogé par Claire Chazal sur « son image un peu dure, voire inquiétante pour les Français » , il prend une voix doucereuse : « Vous savez, j'ai eu pendant quatre ans la responsabilité de la sécurité des Français et pendant quatre ans il n'y a pas eu de problème... enfin, il y a eu beaucoup de problèmes mais il n'y a pas eu de bavure (sic), pas d'incident (resic). » Oubliés les passages à tabac avérés. Ignorée la poursuite mortelle de trois adolescents à Clichy-sous-Bois. Effacées les émeutes des banlieues. Même pas un incident ! Circulez, il n'y a rien à voir.

À coup d'approximations, le candidat officiel du régime taille ainsi son chemin vers l'Élysée. Dernière bourde en date : devant la CGPME, le 24 janvier, il déclare que « le contrat nouvelle embauche (CNE) est un progrès, il ne faut pas y toucher » , et souhaite la mise en place « d'un contrat unique, inspiré du CNE » . L'idée fait tousser dans le monde du travail. Du coup, son porte-parole, Xavier Bertrand, enclenche la marche arrière dans un entretien à la Tribune (29 janvier). Certes, le CNE « a montré que l'assouplissement de notre droit du travail permettait de libérer les embauches , explique-t-il. Mais il a aussi des défauts [...]. Notre intention n'est donc pas de le généraliser. » Pourtant à bien entendre les discours d'Agen et de Charleville-Mézières, à lire aussi le programme de l'UMP, on avait compris que le CNE serait la règle. Bourde ou couac ?


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